eDEN
FANZINE HOUSE STYLÉ :

LA TENSION MONTE...
NUMÉRO7 AVRIL/MAI 94
10 FRANCS









COLLECTIF eDEN : 5-7 rue des Récollets 75010 PARIS.
DIRECTION ARTISTIQUE : Michaël Amzalag @ M/M. MAQUEREAU EN CHEF : Christophe Vix. COORDINATION : Christophe "Widowsky" Monier. COLLABORATEURS : Jean-Marc Arnaudé, Cécile Alizon, Jean-François Baum, Jenny Bel-Air, David Blot, Tom & Jerry Bouthier, Phil C, Adelaide Dugdale, Sven Hansen-Løve, George Issakidis, Philippe Laugier, Sylvain "Le Gland" Legrand, Didier Lestrade, Nadia, Serge Nicolas, Serge "Therapy" Papo, Loïck Prigent, Samuel Vermeil, Patrick Vidal, Jérôme Viger-Kohler. PHOTOGRAPHES : Pierre Andréotti, Mathias Augustyniak. IMPRIMERIE : Schaffer. (c) eDEN 1994 COUVERTURE : Michaël. MERCI à Gérard Giraud (Média 7) pour son soutien et sa (très !) grande patience.



INGRÉDIENTS
Nº 7 AVRIL/MAI 94

ÉDITO/4
ARTY? PARTY!/8
HAPPY BIRTHDAY/18
NEW WAVE/24
HAUTS & BAS/29
FORBIDDEN WORDS/32
EFX & DIGIT/35
VERBAL ABUSE/43
MINISTRY OF SOUND/49
L'ABCD-FON-C/53
FLUKE/54
DJs/58
YOP LA BOUM/66
FÊTES/72
SKEUDS/76



La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées dans les articles, celles-ci n'engageant que leurs auteurs.









EN VOITURE !
À l'heure où il est devenu caricatural de s'étendre sur la fin des idéologies, ou l'"information" c'est d'abord le drame de Surya et de sa non-médaille, où les médias n'en finissent plus de mourir, où l'Abbé Pierre a désormais un logo qui le fait ressembler à une marque de porto, où l'on essaye de nous vendre du poisson en forme de poisson, où on nous gave de non-démonstrations sur l'avancée technologique des autoroutes (autoroutes ??) de l'information, quand on peut désormais se procurer une télécommande programmable pour pouvoir télécommander toutes les télécommandes et faire des économies de batteries rechargeables, où il devient de plus en plus difficile de savoir distinguer qui est qui entre un premier ministre et une oie du Gers, où le punk est le dernier avatar d'une Mode étouffée dans son vomi d'images atroces et qui prétend simultanément que "glamour is back" et qui fait porter a des femmes du tiers-monde des robes de l'avenue Montaigne pour faire un joli sujet dans Glamour et démontrer que l'élégance c'est d'abord la dignité, où la Bosnie(r) sert à faire du marketing, où i-D n'as pas plus d'idées que The Face n'as de gueule, où les progrès dans l'implantologie capillaire permettent à Guy Bedos et à PPDA d'êtres parfaitement synchrones, quand le Grüne Punkt yin-yang se répand comme un virus qui spiritualiserait les produits touchés par sa grâce, où Christophe Rippert et Hilgueugeu sont les parfaites non-icônes des jeunes générations, où penser différent c'est penser Pepsi, quand Michael Jackson se fait photographier la verge pour faire authentifier les clichés par des enfants de divorcés, où les brosses à dents sont en trois dimensions exactement comme les biscuits apéritifs, où la cryo-esthétique peut vous aider à rester laide longtemps et conserver vos verrues par le froid, où une tranche de fromage fondue devient un sourire édenté, quand Colombey-Les-2-Églises n'est qu'à 2 heures de Paris, où le non-discernement devient une valeur morale sous couvert d'objectivité intellectuelle (cf. info-matin ou "no-comment"/Euronews), quand la censure repointe le bout de son nez ; alors, à ce moment-là et seulement à ce moment-là, il est temps pour eDEN de sortir du terrier son si joli museau, de glapir, s'ébrouer, danser, et de répandre joie et bonheur.
MICHAËL









ART & MUSIC
Le sujet de cet article peut sembler irréaliste, délirant ou, pire, pédant : quelques divagations inutiles destinées à finir dans les poubelles de l'histoire. Il est pourtant simple : essayer de mettre à jour certaines analogies et tenter d'observer quelques évolutions parallèles entre différents domaines artistiques, ici l'art contemporain et la musique — la house en particulier.
Ces convergences, que ce soit dans les buts ou dans les moyens des pratiques artistiques, sont néanmoins réelles et assez évidentes, pour peu qu'on veuille bien les chercher. L'intérêt d'une telle analyse est tout aussi évident, et même double :
VERSION 1 (à lire par l'intello arty et artistisant, pour se rassurer et finir des jours paisibles) : sortir le houseux moyen de son ghetto, sympathique mais carcéral, format cellule capitonnée, où la monomanie musicale l'enferme pour lui ouvrir les yeux sur le monde merveilleux des arts plastiques, nobles et bien établis (lire : récupérés) dans la culture officielle.
VERSION 2 (à lire justement par le susdit houseux moyen, chevalier inflexible et inoxydable d'une avant-garde marginale et ultime) : s'apercevoir que derrière des concepts purement musicaux se cachent des phénomènes + complexes et rehausser de ce fait la musique moderne (oserions-nous : postmoderne ?) et la house à l'égal des pires conneries arty.
Quelles sont les caractéristiques principales de la house actuelle, développées en particulier depuis l'explosion dance de la fin des années 80 ? Il y a bien sûr les BPM et c'est certainement l'un des aspects les + importants ; mais ce n'est pas tout, sinon on en serait tous au breakbeat sous perfusion. Parmi les particularités + "musicales" de la house, les + communes actuellement sont sans doute les samples (sous leurs formes et métastases les + diverses), le dub (les vieux routiers de la dance vous diront que ça a été long et pénible à acquérir), la construction des morceaux plutôt répétitive et circulaire que linéaire (à l'opposé de la pop ou du rock, et poussée à l'extrême dans la transe), la culture du remix (+ réel que le réel — l'original — et s'en passant d'ailleurs fort bien). On pourrait bien sûr étendre cette liste, pourtant il ne s'agit pas ici de faire un catalogue exhaustif des gimmicks de la dance music mais plutôt d'isoler les points communs les + saillants et les + fondamentaux.
Quelles sont donc les spécificités de ces styles ? C'est-à-dire : quelles intentions peut-on chercher derrière ces caractéristiques purement formelles ? Pour cela on peut rapprocher les points précédents de quelques développements formels récents dans les arts plastiques (en peinture essentiellement), qui sont sans doute plus facilement identifiables et explicitables.
Par exemple, il suffit de se promener dans n'importe quelle exposition fourre-tout d'art contemporain, genre FIAC ou Biennale de Venise, pour se rendre compte que l'utilisation de la photographie et des images "trouvées" ou "récupérées" (c'est-à-dire non peintes par l'artiste) est actuellement une des particularités les + largement répandues (si j'ose dire...). Bien sûr, cette tendance a ses origines au début des années 60, avec le pop art en particulier et son regard ironique sur la réalité de l'époque (la société de consommation et de spectacle dirait un situationniste attardé), bien qu'à cette époque les peintres fassent plutôt des tableaux d'après photos qu'une utilisation directe de matériaux photographiques. L'utilisation de clichés allait pourtant bien dans l'esprit pop... Ce qui caractérise l'utilisation actuelle d'images trouvées est, plus qu'un refus (une peur ?) de la peinture, la tentative de récupérer un bout de réalité, de l'isoler et de l'extirper de son environnement habituel (du réel) pour lui donner un autre sens, pas nécessairement en relation avec l'ancien, et reconstruire ainsi une réalité nouvelle. On retrouve en fait la même problématique avec le sample. Il s'agit là aussi d'isoler une voix ou un instrument de son environnement (morceau) originel et de l'utiliser pour reconstruire une nouvelle chanson. Pourtant, si l'on cherche à gommer un certain nombre de détails initiaux inutiles, voire camoufler ou maquiller l'original pour rendre la transplantation + efficace, on ne veut cependant pas perdre toute référence au modèle : si l'on sample ARETHA FRANKLIN, ce n'est pas pour la défigurer (vocalement) et la faire sonner comme un Mickey. Ce genre de gag a fait son temps. Il s'agirait plutôt d'une défiguration du sens, voire de la dénégation à la parole de la capacité même d'exprimer un sens quelconque. Les inévitables "my love", "let's go", "dance", "work it" tournent en orbite dans un espace musical vide de sens, comme les témoins creux du désert du réel. On ne garde plus de la réalité que son enveloppe formelle (la trace d'une voix humaine dans le sample, l'indice de quelque objet dans la photographie), comme s'il n'y avait plus de signification à représenter. On est bien loin alors du rock ou de la pop, où le sens, voire l'attitude, reste une donnée primordiale, même s'il ne subsiste maintenant (en gros depuis le Punk) que sous la forme de clichés...
À quand remonte l'utilisation des samples ? Les néo-planants de l'hypnotic groove remonteront bien sûr jusqu'au mellotron utilisé dans la cosmic music des années 70 (TANGERINE DREAM et autres) mais ils se trompent. Le mellotron (comme son nom l'indique) est avant tout un instrument mélodique classique, et le fait qu'il se base sur des enregistrements (de chœurs le + souvent) est secondaire. Il ne faut pas confondre technique et intention. Les 1ers samples véritables sont plutôt à chercher dans la cold wave post-punk de la fin des années 70 et en particulier chez CABARET VOLTAIRE (qui a survécu, comme par miracle, jusqu'à nos jours), qui utilisait des bandes enregistrées (voir aussi Symphonie pour un homme seul de PIERRE SCHAEFFER et PIERRE HENRY — 1950 — et le STEVE REICH de 65-66 : Come Out, It's Gonna Rain, etc. N.D.L.R.). Tout ça s'est popularisé au début des années 80 et, la technique aidant, commence à s'installer dans les studios new-yorkais avec l'electro, dont un des points culminants est sans doute le No Sell Out de Keith LeBlanc composé de samples de Malcolm X, en 1984. Le sample va alors se mélanger franchement au dub lorsque Keith LeBlanc s'associera au King Dubby Adrian Sherwood d'On-U Sound à Londres pour former TACKHEAD et autres incarnations, d'où sortira + tard le héros house GARY CLAIL, grâce au coup de mix ibizéen d'Oakenfold. Le sample chez TACKHEAD a bien les caractéristiques de dissociation du réel, de regard (d'écoute ?) ironique sur le sens, décrites précédemment qui seront développées + tard dans la house actuelle. Cette tendance electro funk indus du milieu des années 80, avec aussi des gens comme ACR et CHAKK, aura une influence certaine (bien qu'underground) en Angleterre pour aider à faire basculer la scène indie-rock à la dance music, en préparant le terrain au trop (in)fameux Madchester...
Puisqu'on a mis un pied dans le dub, restons-y. La spécificité du dub, ce qui le différencie par exemple d'un simple remix, c'est la défiguration sonore, l'utilisation des effets et de l'écho en particulier pour déformer les voix, et en tout 1er le sens de paroles, d'instruments, ou de mélodies/séquences complètes. On retrouve un peu la même problématique que le sample. Le dub opère cette altération sonore principalement grâce à l'écho, qui perturbe la clarté et le décodage auditif des voix ou instruments et introduit une notion de flou, un décalage de la mise au point (auditive !) qui fait qu'on n'identifie plus nettement les différentes composantes musicales, mais qu'on perçoit plutôt globalement une masse sonore dans laquelle on ne peut distinguer que grossièrement qui est qui, ou plutôt, quoi est quoi. De quoi peut-on rapprocher cette technique musicale dans le domaine des arts plastiques ? De nombreuses tentatives d'altération picturale peuvent certainement ici être envisagées. La plus proche est sans doute l'utilisation du flou dans de nombreuses peintures d'après photos, qui a été pratiquée par divers artistes post-pop des années 60, et souvent de manière assez différente par chacun d'eux. Citons par exemple les peintures floues de photos (et non pas les peintures de photos floues !) de Gerhard Richter, les peintures tramées à gros grain de S. Polke ou les photos recouvertes de sable, paille, et autre de Anselm Kiefer. Dans les 2 domaines, l'utilisation du flou semble bien avoir un même but de distanciation par rapport à une réalité originale (déjà d'ailleurs elle-même représentation de la réalité), que ce soit l'image photographique, la signification d'une séquence vocale ou même la mélodie d'un instrument.
Une autre particularité importante du dub est la simplification, le dépouillement et l'épuration musicale de la chanson, comme une tentative d'abstraction structurelle et formelle, voire un programme minimaliste. MURK est-il un Carl André musical et Gemolotto un Don Judd sonore ?
Comme disait le Mad Professor, faire un dub c'est enlever les pistes les unes après les autres pour extraire les lignes de force et essayer de mettre à nu le cœur d'une chanson, ce qui est à l'opposé de la fabrication habituelle piste après piste, remix après remix. Notons que Michelange disait la même chose de la sculpture : il ne voulait pas créer une forme à partir du néant mais enlever des morceaux de matière au fur et à mesure pour faire apparaître la forme cachée dans un bloc de marbre.
Le 3e point caractéristique de la house est la structure circulaire plutôt que linéaire des chansons, qui peut d'ailleurs tendre vers une structure en spirale dans la transe ou la progressive house (ce qui n'est pas étonnant vue la culture fondamentalement pop-rock des pays d'origine). On peut bien sûr mettre cela en parallèle avec toutes les œuvres, principalement sculptures ou installations, qui utilisent un mouvement cyclique pour acquérir une dimension temporelle et répétitive. Par exemple les sculptures cinétiques de Tinguely et l'utilisation de séquences vidéo courtes dans de nombreuses installations.
Le dernier point à aborder est certainement l'un des + importants et nécessiterait de + longs développements : la culture du remix. Il est tentant d'analyser le développement et la profusion endémique du remix dans la tradition postmoderne de réutilisation et de transformation d'objets : le culte du remixeur plutôt que de l'artiste initial, c'est-à-dire du transformateur/médiateur plutôt que du créateur/producteur, l'accent mis sur la réinterprétation et la restructuration d'un morceau par le remixeur plutôt que sur la base musicale initiale témoigne de l'opportunité d'une telle analyse. De plus, on peut facilement rapprocher cela de pratiques similaires en arts plastiques : l'utilisation de ready-made, c'est-à-dire d'objets trouvés (et non créés par l'artiste), détournés de leur sens 1er ou même vidés de tout sens possible. Depuis l'urinoir de Duchamp, il y a + de 80 ans, érigé en œuvre d'art par sa seule présence dans une salle d'exposition, les ready-made sont devenus, avec + ou - de bonheur, un des lieux communs de l'art contemporain. L'artiste se place alors dans une position proche de celle du remixeur puisque son rôle se limite à réarranger des objets ou des bouts d'objets, qui ont été créés par ailleurs, dans des installations nouvelles. Cette dérive auto-revendiquée de la position de l'artiste est certainement le cliché le plus répandu dans la pratique et la critique d'art contemporain. Cependant la position du remixeur musical semble + complexe car il a comme matière première non pas des objets épars mais une chanson avec sa propre structure interne, qu'il devra d'abord déconstruire pour la métamorphoser par la suite. Notons en outre que cette analyse peut aussi s'appliquer de manière générale au sample : le sample comme ready-made.
Mais le remix ce n'est pas seulement l'utilisation de ready-made musicaux, c'est surtout la création d'un duplicata + réel que l'original — la naissance d'un hyperréel + réel que le réel dirait Baudrillard — qui acquiert son autonomie propre et même se passe fort bien de modèle. Combien de remix n'ont rien à voir avec la version originale mais plutôt avec d'autres remix ? Un remix de Weatherall ou de Justin Robertson est d'abord un Weatherall ou un Justin Robertson et on se fout à peu près complètement de ce à quoi pouvait ressembler le vinyl de départ (s'il a jamais existé !). Combien de remix sortent le même jour que les originaux (ou sur le même vinyl) ? Il est alors difficile de pouvoir authentifier n'importe quoi avec certitude, sauf si l'on nous gratifie d'une indication d'"original mix"... Combien de remix avons-nous dont nous ne connaissons même pas l'original, et dont de toutes manières on n'a rien à cirer ?
Cette dernière caractéristique, la métastase incontrôlée à partir d'une racine originelle dont on perd vite la trace, ne se retrouve pas véritablement de manière similaire dans les arts plastiques, ou du moins pas avec la même force. L'utilisation d'images répétées et répétitives pourrait s'en rapprocher, mais en reste une forme affaiblie. Le parallèle le plus adéquat se retrouve peut-être dans l'œuvre d'Anselm Kiefer qui utilise mises en scène, photographies de celles-ci, puis peintures ou altération de photos à l'intérieur de ses tableaux. On ne sait plus bien alors distinguer ce qui est peinture propre de ce qui est simulacre.
Les divers points abordés tout au long de cet article ont été nécessairement brefs et schématiques et auraient certainement mérité de plus amples développements. S'il semble clair au lecteur qui sera parvenu jusqu'ici que ceux-ci ne sont pas complètement saugrenus, le but aura été atteint.
PHIL C









HAPPY BIRTHDAY ?
La révolution a commencé il y a maintenant un peu plus de 5 ans. Cinq années mémorables de fêtes hédonistes ayant pour bruit de fond continu cette incessante grosse caisse house. Un boom-boom infini qui lorsque l'on se rapproche de la piste de danse se transforme en une féerie de sensations extraordinaires, comme une palette musicale où viendraient se poser avec vigueur et enthousiasme les influences et idées les plus diverses. Impossible de la décrire, cette musique mue comme un serpent tous les quelques mois. C'est ainsi que durant ces 5 années elle a été à tour de rôle acid house, garage, italo house, deep house, techno, trance, progressive house, breakbeat et même indie-dance ! Insaisissable, les étiquettes qu'on ne manque pas de lui coller l'obligent littéralement à inventer de nouvelles directions, de ne pas s'attacher à une formule établie, mais au contraire d'avancer pour continuellement proposer quelque chose de neuf. Car le public a faim. Il dansera jusqu'au moment où les lumières se rallumeront et veut toujours plus d'hymnes et de "tunes" (des airs !). Ce qui lui importe le plus, c'est de ne pas s'enfermer dans un univers prévisible mais au contraire de s'ouvrir à l'infinité de variations que cette musique propose. Tout est là pour la génération house : vivre autre chose en dehors d'un monde qui ne vous laisse pas nécessairement de place. Laisser libre cours à la fantaisie, aux sentiments, à la joie de vivre et ne plus supporter la carapace contraignante d'un jeu social sans queue ni tête. Échappatoire dans l'oubli ? Probablement, mais aussi et surtout l'une des dernières manières de rejeter - en groupe - la banalité de la vie et ce, avec le sourire. Danser n'est pas nouveau, la culture rock avec ses ballrooms rockabilly, ses gigantesques boites mods et ses clubs punk rock a longtemps fourni la bande son tribale à des générations d'adolescents déboussolés et en colère. Une révolte violente pour provoquer et faire réagir, un pied de nez aux robots de la société d'après-guerre. Ce qui est plus nouveau en revanche, c'est que désormais les danseurs veulent participer à l'alchimie d'une soirée réussie en y apportant leur optimisme et leur énergie, être acteur au même titre que le DJ. Aujourd'hui, la spirale du chômage et l'angoisse du Sida ont créé des générations entières sans avenir et incapables de communiquer. Ainsi, on parle depuis des années de l'avènement d'une société de loisirs et tant qu'à ne pas travailler, pourquoi ne pas inventer de nouveaux endroits de rencontres, où l'on s'amuserait, où l'on danserait pour libérer l'énergie, essayer de briser la glace ensemble, comme un seul corps asexué, où l'espace d'une nuit, chacun aurait le droit de prendre du plaisir, de parler à un inconnu ou de se sentir dans sa vraie famille et à l'égal de l'autre. Finalement, la révolte est devenue intérieure et ne se pratique guère plus qu'à l'échelle humaine. De l'écologie au désarmement, les idéaux importants des hippies ont été assimilés et la non-violence - un peu avec l'aide de la pilule de l'amour - est devenue une réalité à laquelle certaines classes avaient rarement droit. Mais les idéaux sont définitivement morts. Le monde n'a pas fondamentalement changé après les années 60, au contraire, et la vague punk, dernier soubresaut "middle-class" pour nostalgiques de mai 68, n'a fait que proclamer haut et fort la mort du rock et son pseudo-pouvoir de transformer la société ("We Are The World" & Co). Alors aujourd'hui, que reste-t-il vraiment à part l'insouciance, "la fête", ce lieu magique où l'on peut perdre la tête et communiquer différemment ? Ceux qui ne perçoivent pas la force de cette musique parleront de disco, mais c'est une comparaison facile et limitée. Il est vrai que tout a commencé dans les clubs au milieu des années 80 entre Chicago, Manchester et Ibiza. Aux USA, à l'époque, les DJs des boîtes gay black peaufinent avec très peu de moyens un disco futuriste qui s'inspire largement de la new wave européenne. Le nord de l'Angleterre, qui a toujours eu un faible pour la soul speed, craque immédiatement (l'Hacienda, cf. eDEN n° 5) et c'est une large proportion des 18-30 ans qui s'enflamme pour l'expérience psychédélique des fêtes acid. La plupart des clubs british ferment à 3 h du mat mais le besoin de danser est trop fort, les warehouse raves illégales bourgeonnent un peu partout et repoussent les limites en entamant de vrais marathons dance comparables à ceux connus durant la dépression des années 30. À Ibiza, simultanément, l'insouciance est portée à son comble grâce à l'Ecstasy qui commence à débarquer massivement. Petit à petit, cette nouvelle conception de la fête gagne toute l'Europe. Tous les week-ends, un peu partout, des milliers de danseurs trempés de sueur se retrouvent pour célébrer cette religion populaire et spontanée. Désormais, chaque pays possède ses soirées, DJs et labels. Aujourd'hui, c'est à chacun de cultiver sa différence, sa personnalité musicale. C'est à chacun d'exister en tant qu'individu plutôt que de s'inspirer de rôles modèles clichés (il n'y a plus de stars !). En fait, la seule vraie analogie que l'on puisse trouver avec le disco, c'est cette dictature gênante (qui a bel et bien tué les discothèques au début des années 80) d'un son unique et uniforme sur les pistes de danse, un extrémisme que prônent de nombreuses raves à programmation musicale limitée si ce n'est abêtissante, comme s'il fallait faire croire aux danseurs qu'il n'existe qu'une seule vérité musicale. Inévitablement, il arrive un moment où il n'y a plus de surprise, les idées se répètent en circuit fermé, les drogues lassent et le public se désintéresse. Alors gageons que la dance moderne saura TOUJOURS conserver son esprit d'ouverture musicale et regarder à droite ou à gauche pour s'inspirer, se remettre en question et continuer, ainsi, d'être la musique/culture populaire la plus excitante de la fin du siècle. Cela en vaut la peine.
JERRY BOUTHIER









NEW WAVE ?
Fuyez la médiocrité, elle revient au galop... Plus ça va, plus la house devient un genre monstrueux aux multiples visages. Aux heures de gloire, la simple idée de passer une soirée house contentait tout le monde. Aujourd'hui combien de fois vous êtes vous retrouvé dans une soirée qui ne vous allait pas : "trop transe", "trop house" (!), "trop de drogues", "trop de pédés", "trop de racaille", arf... Chacun retrouve dans la house ce qui lui convient : les ex-rappers se la jouent b'beat, les ex-branchés sont gabber, les néo-punk sont techno, les gays en sandwich garage ou hardcore... On voit fleurir des raves avec des messages incroyables aux antipodes des racines de la house, genre Psychose, où les DJs présents veulent jouer la terreur musicale (!) des raves, genre ex-batcave (rappelez-vous cette immonde vulgarité de SISTERS OF MERCY & consorts). Tout ça pour dire qu'on voit maintenant débarquer les anciens fans de new wave. En soit, c'est pas déshonorant, dès le début de l'explosion acid, un bataillon d'anciens Inrockuptibles a suivi le fil HAPPY MONDAYS pour arriver à la house. Sauf qu'on se tape désormais même les plus cons, ceux qui ont toujours préféré JOY DIVISION à NEW ORDER, ceux qui au début de la house vous traitaient de tous les noms et vous racontaient que ce n'était qu'un phénomène de mode, et repartaient tout contents écouter MY BLOODY VALENTINE. Vous en avez sûrement connu un certain nombre, et bien ouvrez les yeux maintenant ils sont là, à vous donner des leçons : "Strictly Rhythm ? Trop commercial". Pire encore, ils sont arrivés à faire de la house une musique 100 % blanche avec un ou deux alibis politiquement corrects genre CARL COX (aussi doué soit-il). Regardez les pages house du NME : pas un seul noir. À Paris, Les Inrockuptibles écoutent APHEX TWIN (cf. n° 53 03/94). Comme dirait l'autre : "I had a dream". Au début de la house, on allait enfin pouvoir s'ouvrir à une vraie mixité des musiques, l'esprit baléarique, pas un mouvement forcé et exagéré comme la world, mais une musique moderne, entre les studios de Düsseldorf et les usines de Détroit. Niqué le rêve, chacun écoute ses trucs dans son coin, et les esprits ouverts sont eux aussi obligés de se radicaliser pour survivre. Et puis on peut même imaginer le pire : demain les fans de ROD STEWART et LENNY KRAVITZ vont peut-être aussi vouloir écouter de la house. Va falloir créer de la house format Europe 2. Ça va faire mal !
DAVID BLOT









FORBIDDEN WORDS '94
100K TURBO SOUND
APHEX TWIN
BEVERLY HILLS
BI-BOP
CD-ROM
COMPILATION
CRÉMATORIUM
COUCHE D'OZONE
CULTURE BEAT
CYBERPUNK
CYRIL COLLARD
DCC
DOUBLE PACK
ÉDOUARD
EURO TUNNEL
FRACTALES
GABBER
GANG
GANGSTA
GANGSTA RAP
GLOBE
GOBER
HO
HÉLÈNE
INTELLIGENT TECHNO
INTERACTIF
JEAN-PAUL GAULTIER
KÉNO
KILT
L227.24
LENNY DEE
LE PALACE
LIVE P.A.
LIZA N'ELIAZ
LORETTA BOBBIT
M'A TUER
MCM
MINIDISC
MULTIMÉDIA
NANCY KERRIGAN
NAOMI
NUMÉRIQUE
PARC DES EXPOSITIONS
PASQUA
PÈRE-LACHAISE
PIERCING
PROGRESSIVE
PUMA
PUNK
R624-2
RECYCLABLE
SARAJEVO
SLIM-FAST
SMART DRINKS
SPHAIGNE
STREETBALL
TONYA HARDING
TOUBON
TRANCE
TRIBAL
TRIPLE PACK
TWINGO
VIRTUEL
WEATHERALL
WICKED
YO
ZOBI

DIDIER LESTRADE & MICHAEL AMZALAG









VERBAL ABUSE

LE RETOUR DU VERBE...
Quand les mots télescopent la house ! Du jamais entendu... New York encore New York, qui sait se régénérer et donner un coup de pied revigorant pour réveiller la scène club, avec des recettes typées années 50 Beat génération... New York 432 West 14th Street tous les 1ers mardis du mois au Jackie 60 hosted by Chichi Valenti... Johnny Dynnell aux platines et des intervenants qui déclament, parlent, hurlent, performent ! Beat culture + drag disco = une nouvelle façon d'exister en club. Chaque nuit passée à danser n'a de raison d'être que de maintenir l'illusion.
PATRICK VIDAL

VERBAL ABUSE est un fanzine qui édite les textes lus pendant ces nuits au Jackie 60. Extraits du nº 1, été 93 :

MY LIFE AS I REMEMBER IT
(...)
I've been addicted to MDA, tequila, LSD, PCP, speed, dope, coke, pot, mescaline, Quaaludes, nicotine, sex and the mysteries of the night all my life until I hit twenty-eight.
Now it's only nightlife and sex.
(...)
I've lived as a woman for a solid year and had tits, thank you.
I've dated black men, white men, brown men, red men, yellow men, and several delicious women.
I've been engaged, married, in love, separated, divorced and broken-hearted.
I've had syphilis, gonorrhoea, crabs, scabies, haemorrhoids, hepatitis, appendicitis, dermatitis and the flu at least fifty times.
And I feel better now at forty than I did at twenty-five.
I've spent the last eleven years meditating, concentrating, contemplating, applicating, educating, investigating and instigating a higher ideal.
I've been a born again Christian, a crystal-holding new age visualizationist, a Buddhist, a Hindu, a Christian scientist, a Universalist, a bullshit artist, a seeker of truth, a charlatan, a holy roller, a shamanistic dancer, a guru, a disciple and an enigma to my friends.
I'm a triple Gemini natural blonde who loves God and takes time out to smell the roses.
I've been around the block at least ten times and I'm ready to go again until these feet won't carry me anymore.
I have always believed in the power of love and that the groove lies somewhere between the heart and the genitals.
I have never been deliberately cruel and I've never hit anyone with my fist—I hope I never have to.
I've been a whore, a saint, a sinner, a healer, a heathen, an actor, a poet, a drag queen, a straight man, a teenage zombie, a punk rocker, a greaser, a clone, a faggot, a streetwalker, a skywriter, a vegetarian, a teacher, a student, a wanderer, a caretaker, a wild thing, a father, a son, a yogi, and a fierce hairdresser.
I've been lost, found confused, absolved, punished and rewarded.
I've stared death in the face and wondered why not me—yet.
(...)
BOBBY MILLER

THE DOORMAN POEM
Excuse me excuse me
Who is in charge here
I mean who has the guest list
I must be on it
I am personal friends with just about anybody you ever heard of
Just check the list
And I am sure that you will find my name
Why isn't anyone talking to me
Can somebody go get the manager
I am not used to being treated like this
Chains usually open when people see me walking down the street
What is wrong with this club anyway
Why are you letting that asshole in
And not even looking at me
Who do you think you are
What is the owner's name
Give me his phone number
We'll straighten this out soon enough
How come this big guy is standing right next to me
Here I am trying to be polite and peaceful
And just try and get the free entrance that me and my friends deserve
And first you ignore me
Then you send this bruiser over to flex his muscles
What kinda place is this anyway
Hey you, the skinny one with the list
I am getting angry now
Just get over here and talk to me
Do you want to keep your job?
HAOUI MONTAUG









LE MINISTRE DU SON
Minuit. Elephants And Castle. Londres. Sinistre quartier pour découvrir le temple du garage en Europe. 3 semaines seulement après l'inauguration, 3 week-ends donc (le Ministry Of Sound n'est d'abord ouvert que le vendredi et le samedi), sans flyer, sans adresse, juste une infoline et une rumeur énorme promettant le meilleur, et déjà une file d'attente colossale. 2 heures et demie + tard, j'arrive enfin devant la porte. Après fouille et accueil beaucoup trop militaires (on a plutôt l'impression désagréable d'être à l'immigration à Kennedy Airport qu'autre chose !), le très long couloir métallique, la caisse grillagée et la pulsion de + en + proche... Enfin dans la place, un immense juice bar (impensable à Paris), une salle de ciné, un espace V.I.P. au 1er étage et l'immense dancefloor d'où l'on ne ressort plus, tant le son est addictif. 8 chapiteaux trônent ! The biggest sound system in the world. Poids lourd... Quelques semaines + tard, Roger Sanchez était aux platines : la leçon, contrôle absolu et magie, un véritable sorcier ; mes pieds ne toucheront plus terre jusqu'à 8 h du matin...
Depuis 6 mois, Tony Humphries est de DJ résident, tous les samedis ; the final touch, le Ministry ayant accueilli la 1re année les + grands : MAW, Knuckles, Levan, Morales, Terry, Hurley, Rosado, etc. Humphries, le pape du garage. L'histoire est connue. L'homme à qui certains artistes demandent l'avis pour le choix d'un simple. L'homme qui reçoit 300 disques par semaines. Ce qui est intéressant, c'est l'ouverture d'esprit de Humphries : au lieu de se cantonner à une programmation US garage, il a tout de suite été à la découverte du son européen pour enrichir ses mix. Il est dit qu'actuellement, sa programmation est à 40 % composée de house anglaise. Déception pour les purs et durs du son new-yorkais. Il est curieux de constater que les DJs au départ les + ghettos sont en fait les + avides de diversité. Certains qui ne programment que du hardcore ou de la deep devraient s'en inspirer. Par exemple à Paris en ce moment, il est impossible d'écouter en une nuit différents styles de house (merci encore Dance Europe ! It was greaaaat !). La house n'en est plus à ses balbutiements ; les chapelles sont nécessaires au début de n'importe quel mouvement artistique, mais la maturité exige un peu de souplesse... Il faut prouver que la house est plurielle, et ne pas commettre les erreurs du rap ou du rock.
Pluralité aussi dans le Sessions Vol. 1 du Ministry, où Humphries mixe parfaitement du chant, de la deep, en passant par London X-Press, SHAKESPEAR'S SISTER, un peu de disco house (le son du moment). En 80 minutes, un tour d'horizon anglais des tendances, et une bonne occasion d'avoir des mix introuvables ou tout simplement plus disponibles en vinyl.
PATRICK VIDAL









L'ABCD-FON-C
E, acid, speed, coke, ice, horse, MDA, cranc, whizz, A, charlie, pot, DMT, shit, ecstasy, ketamine, beu, PCP, LSD, crack, Quaaludes, speedball, solitude, candy flip, héroïne, mushrooms, cannabis, mescaline, opium, STP, Fenpro, THC, chocolate, PMA, Lexomil, jellies, BZ (?), benzedrine, crystal meth, morphine, artane, cocaïne, oxygène, hachich, ephedrine, DOM, Captagon, poppers, Palfium, anabolic steroids, sexe, Prozac, alcool, peyotl, nicotine, Temgesic, kava, igobaïne, Cif Amoniacal (??), benzodiazepines, nutmeg, belladone, money, marijuana, myristicine, DOET, Dinintel, qat, methaqualone, Valium, Mandrax, glue, Immenoctal, TV, psylocibine, caféine, crissie, vitamine C, méthadone, MDMA, dioxyne (???), TMA, réalité virtuelle, Laudanum, trips, phencyclidine, Néocodion, Nootropyl, etc.
Fuck, music is the drug.
SYLVAIN LEGRAND









PLAYLISTS

TOM BOUTHIER (RIVIERA SPLASH, Continental, Paris) :
WAY OUT WEST Montana (Terra Firma)
BUMP House Stompin' (white label)
T-EMPO Saturday Night, Sunday Morning (OOV)
O T QUARTET Hold That Sucker Down (Cheeky)
THE DELORME Spanish Fly EP (Zoom)
JX Son Of A Gun (Hooj Choons)
GROOVE CORPORATION Rain (Mother Remix) (Six6)
SURE IS PURE Out To Lunch EP (Vinyl Solution)
REEFA Inner Fantasy-Get UP Stand UP (Stress)
BOY GEORGE The Devil In Sister George EP (Virgin)

MOOSE (Mantra, Londres, 10/3/94) :
PAYBACK Big House Payback (Gorgeous)
PUNCHANELLA San Francisco (Global Groove)
MOODOO Squidgy Satellites (dat)
SULTANA Te Amo (Union)
KEITHMAC PROJECT Take Me To A Higher Love (Labello)
FIRST CONTACT In To The Light (Hypercycle)
ROCK HOPPER Rockhopper '94 (Scam)
FLOORJAM Stoneage (Deep Distraxion)
KLATSCH God Save The Queer (Fresh Fruit)
IN FRONT Wan'It (High-Resolution)

DJ PASCAL R (IMPULSION, Paris, 23/2/94) :
LN'S Disco Inferno (Fnac)
NATURE Nature (Impulsion Mix) (Dark)
DISCO ANTHEM Scream (Pegasus)
MR. ROY Something About You (white)
COYOTE Jekyll & Hide (Stress)
HUSTLERS CONVENTION The Hustler Party E.P. (Stress)
DJ PIERRE The Fall (Strictly Rhythm)
CAPPIO BROS Caffiene 4 Daze (Stickman)
LOST TRIBE OF THE LOST MINDS Mu-sika (Stress)
THE SOUND EXCLUSIVE EP Hulabalu (Fantastic)

DJ DEEP (DEEP CONTEST, Paris, 6/3/94) : (inédit)
SNEAKLY TIM (Dance Mania)
NAGUAL Feel The Rhythm (Prescription)
ULYSSE I'm Leaving U Rmx (promo)
CASSIO Gotta Little Lady (Perfect Pair)
ON THE NEST EP Vinegar Stroke (Black Cock)
KLARKIN Wondering (promo)
CYRUS INVERSION (Basic Channel)
GATEAWAY Jovonn (Kingstreet)
CHOICE Acid Eiffel Live (Fnac)
POOBIE DUBS Be Wit Me (Swing Street)

THIERRY PILARD (Fnac Montparnasse, Paris, 7/3/93) :
ROGER S Secret Weapons (One)
BARBARA TUCKER Beautiful People (Strictly Rhythm)
RIVER OCEAN Love And Happiness (Strictly Rhythm)
JOMANDA I Cried To Tears (Big Beat)
DAPHNE When In Love (Maxi)
4 MEASURE MEN For You (Area 10)
BOBBY PRUITT Bad Luck (DSR)
SOUNDS OF BLACKNESS I Believe (A&M)
XAVIERA GOLD You Can Used To Hold Me (promo)
SPIRITUAL EXPERIENCE In The Presence Of Angels (Tribal)

PATRICK VIDAL (DISCOTIQUE, Street Machine, Paris, 5/3/94) :
LOLEATTA HOLLOWAY Stand Up (Vicious Muzik)
EAST MEN U Dig (Soma)
ROGER S Boom (One)
BARBARA TUCKER Beautiful People (Positiva)
HARRISON CRUMP Zima (Hubba Hubba)
BOILING POINT I Am (Nice'n'Rye)
TRANQUILITY BASS Cantamilla (Internal)
ORIGINAL ROCKERS Round'n'Round (Different Drummer)
RENEGADE SOUNDWAVE Rsw... (Mute)

TAL STEPH (Strasbourg, 4/3/94) :
3 PHASES Quest For Trance (Super Dooper)
DAVE CLARK Red.1 (Bush)
QUENCH Dreams (Infectious)
WORK The Giftshop (Work)
UNION CAMP Playtime Kids EP (Night Club)
PETER PARKER Wow and Flutter (Deaf Dumb Blind)
APHRO HEAD In The Dark We Live (Reload)
SHI-TAKE Don't Look Any Anger (Zoom)
CYB NOW Remix (UMM)
TST FEVER POSSEE Dubs 4 Clubs EP (Cleveland City)

TOM STEPHAN (Londres, 3/94) :
LISA LISA Skip To My Lu
JUNIOR VASQUEZ Get On Your Off My Man
PET SHOP BOYS Liberation
K.M.A. T.T.
WAXWORKS Don't You Leave
PHUTUROSCOPE Touch Me Right
ROC HARD I Want Cha
PHUTURE Spirit
SCOTTIE DUP About You/Chants
MG Over You

DIDIER SINCLAIR (FG 98.2, Paris, 6/3/94) :
TRANCEMASTERS The Secret Of Meditation (First Impression)
SANDALS Feet (Opentoe)
2 DAMN FREE Perks Of Living Society (Cowboy)
SHI-TAKE Don't Look Back In Anger (Zoom)
LA COLLECTION (Fnac)
JUNIOR VASQUEZ X (Tribal)
THE ALOOF Agent-O (Flaw)
2000 AND 1 Crystal (100% Pure)
JUNGLE JUICE Incastet (Gobb2)
LATOUR E (Blunted)

BPM/Saul Russo (Paris, 12/3/94) :
NAOMI DANIEL Feel The Fire (Innerzone)
DARWIN CHAMBER The Love E.P. (Visible 101)
ROBERT HOOD Minimal Nation (Axis 007)
LOGIC Blues For You (Strictly Rhythm)
3 GUYS ON WARWICK The Dome EP (Aqua Boog)
SUBTROPIC Throbs EP (Reflective)
K-HAND Project#1 (Acacia)
DOOBIE DUBS Perfecy Love (SS 8003)
TRIBAL LIBERATION Afri-Kha (Power Music)
NU AGENDA Get On Up+Touch Me (Hip Rhythm)

INDÉPENDANCE RECORDS/Jean-Pierre (Lyon, 6/3/94) :
DAVID HOLMES Johnny Favorite (Warp)
DOOP Doop (City Beat)
APOLLO 440 Astral America (Epic)
MARMION REMIX Schöneberg (Superstition)
JUNIOR VASQUEZ X (Tribal America)
HAVANNA Condensed (Limbo)
PURPLE PLEJADE Blanche (Djax Up)
YOTHU YINDI Timeless (Mushroom)
ATLANTIC OCEAN Waterfall (Eastern-Bloc)
ICON Desire (Eye Q)

ROUGH TRADE/Jérôme (Paris, 5/3/94) :
SABRES OF PARADISE Theme II (Sabres Of Paradise)
APHEX TWIN Selected Ambient Works Vol. II (Warp)
FULL MOON SCIENTIST Old Man Rivers Crying (Hard Hands)
JUMP CUTZ Vol 3 (Luxury Service)
MEEK Glowing Trees (New Ground)
JERU THE DAMAJA Come Clean (FFFR)
A POSITIVE LIFE The Calling (Beyond)
ROGER S. Secret Weapons Vol I (One)
RICHARD H KIRK Virtual State (Warp)
DAVID HOLMES + STUART McMILLAN Total Toxic Overload (Soma)

USA IMPORT/DJ Exorcist (Paris, 3/3/94) :
NEUROTRANCER C21O1
JONES AND STEPHENSON The 2nd Rebirth (Bonzaï)
THE ABEYRANCE Unit 99 (Influence)
ILLUMINATUS II (23 Records)
IMT 028 (promo)
FEEDBACK I'm For Real (FNAC)
1ST LAUNCH O (Merger H111)
SODOM MUSIC (promo)
BARBES 3 Dieu vous garde (Scorpio Music)
BUZZ AND ACE Alone (Liquid)

MUSIC LINE/Thierry (Lille, 5/3/94) :
HARDFLOOR Into The Nature
FREE FROGS Bombay
LOLEATTA HOLLOWAY Stan Up
KLATSCH God Save The Dub
MELLOW TUNES Let Me Love You
PEACH The Stand
CJ PROJECT Goody Gobble
FREAK POWER Rush
MR ZINO Land Of Trance
DOOP DOOP Yabadabadoop









COUPS DE GUEULE

LA TÉLÉ POMPE LA DANCE : Casimir, le gentil dino orange à pois jaunes de notre enfance est devenu la cible d'un immonde remix techno reprenant le générique de la série ultra-culta de Christophe Izard. Même gerbi-gerbo pour Capitaine Flam, le super-héros de dessin animé giga-sexy, récupéré à la sauce techno à des fins mercantiles. À quand le remix techno de Caliméro (Speedcore Mix), de Croque vacances (Garcimore Edit) et du Téléachat (Pierre Bellemare Fucks Jean-Claude Bourret Mix) ? Pas drôle du tout.

LA PENSÉE D'ANNETTE : "Vous savez, Mme Girard, la vie n'est qu'un passage, et moi je passe." in Premiers baisers, 7/10/93.

Par pitié, bannissez à tout jamais les EXPRESSIONS "Claudia Schiffer", "Cindy Crawford", "Élite", "Supermodel", "Christy Turlington", "Jérôme Bonaldi", "Helena Christensen" de votre vocabulaire. Des gamins meurent dans les favelas de Rio.

HADDAWAY a osé déclarer à la presse : "je ne suis pas du genre à..." Sale menteur. On le déteste.



COUPS DE CŒUR

LA DANCE POMPE LA TÉLÉ : Enfin le super groupe RUMP, issu de l'équipe éditoriale du célèbrissime fanzine The I Hate Brenda News Letter (bientôt le livre !), sort un album : Hating Brenda. Le chef-d'œuvre s'appelle Every Day Is Brenda Day. La cible étant bien sûr Brenda Walsch, la pulpa-permanentée de Beverly Hills 90210, alias l'insupportable Shannen Doherty. Inclus les hits Who Is Brenda ? (Mega Bitch Edit) et Brenda Can't Dance To This. Sans oublier le tubesque Dylan's Choice ainsi que le nº 1 des college-radios américaines, le super grungy Stinks Like Teen Brenda. Débrouillez-vous pour en dénicher un exemplaire ! Disponible sur Caroline Records.

Au lieu de se FATIGUER à des "je te conseille de persévérer", des "la conjoncture plutôt favorable te dicte la poursuite de ton effort dans ce secteur en expansion", des "vas-y" ou des "plus loin mon chéri", contentez-vous d'un "go west !"

L'HUMOUR fin de siècle d'Act Up Paris et ses slogans comme "Sida : vous avez aimé la 1re décennie, vous allez adorer la seconde."

La page courrier de Smash Hits où se défoule chaque mois la JEUNESSE ANGLAISE avide de questions existentielles. Cela donne des chefs-d'œuvre ésotériques comme : "take that joke : si TAKE THAT tombe du toit d'un immeuble, quel membre du groupe touchera le sol en 1er ? Réponse : on s'en fout. John Hendy, Milton Keynes." Et + fort encore : "salut, beaucoup de lettres que vous avez imprimées étaient des déchets. Pas une ne parlait de Newcastle United, la meilleure équipe de football du monde. Je ne vous pardonnerai que si vous imprimez les lettres et les mots : NEWCASTLE UNITED SONT LES MEILLEURS ! Lisa, Chester-Le-Street."
LOÏCK PRIGENT









GLOP (UP)                                              PAS GLOP (DOWN)
Les fringues en jaune qui pète                         Les fringues en noir qui proute
Le frisbee                                             Le baby-foot
Le chewing-gum à la fraise qui bulle                   Le chewing-gum à la chloro qui bulle pas
La redif de Starsky & Hutch                            La non redif de Twin Peaks
Love Sees No Colour                                    La France aux Français
Tahnee Welsh (the daughter)                            Raquel Welsh (the mother)
Fanta orange                                           Orangina
Les 200 stickers ultra-poppy du Smash Hits d'octobre   Les 12 autocollants ultra-riquiquis de Salut
Jeune et jolie                                         Vieille et moche
Keanu Reeves                                           Vincent Lindon
Le restaurant Le Petit ramoneur (rue St-Denis, Paris)  Les macquickburgers (méga-dégueulis à méga-prix)
Évelyne Dehlia                                         Sophie Davant
Les bonnets Gap enfin aux Galeries Lafayettes          Les slips kangourous siglés Chanel sur la tête
La la li la la la                                      Da dou da da da dou
BJÖRK aux Transmusicales                               Daniel Guichard aux meetings du FN
La Grosse boule le matin sur Nova                      Amadou & Maryse le matin sur Europe
VILLAGE PEOPLE repris par PET SHOP BOYS                PET SHOP BOYS repris par EAST 17
Minil super couleurs                                   Ariel ultra
Les orgies                                             Les orgies-parce-que-c'est-samedi
Toi                                                    Les gens
Howard de TAKE THAT                                    MARKY MARK de Calvin Klein
Connaître + de 40 mots en verlan                       Les employer
The I Love Laly Fanzine                                The I fuck Cricri gazette
Unik Ethnik Freedom of Barbie                          Karl Lagerprout
Les gratins avec lardons, poivrons et beaucoup de sel  Les gratins avec des champignons et trop de gruyère
Alfredo (DJ d'Ibiza)                                   Sexyfred (DJ-animateur du Flash à Morlaix)
Gagner aux dominos                                     Perdre à la pétanque
NATURE sorti sur Dark Records                          Médor rentré à la niche
Les Adidas bleues 3 bandes spécial handball            Les grosses Reebok qui ressemblent à des tankers
Uplifted & highspirited                                Nase & con
Les tringles à rideaux                                 Les volets
Les volets                                             Les tringles à rideaux
LOÏCK PRIGENT (inédit)









YOP ? LA BOUM

CHROMA PARK
À l'heure où la rave se mord la queue et où ceux qui ont réussi à sauvegarder quelques neurones se posent d'embarrassantes questions quand à l'éthique et la crédibilité du mouvement techno-house, Chroma Park tombe à pic pour nous remonter le moral. Or ce n'est pas une rave, c'est une expo, qui ouvrira aux heures de bureaux et présentera les travaux d'une centaine d'artistes en arts plastiques, vidéo, images de synthèse, graphisme, scénographie, mode, body art, performance... Une installation multimédia gigantesque, dans le cadre idéal d'une très vieille usine électrique aux proportions délirantes et cathédralesques : E-Werk. Pendant 10 jours LE club berlinois se transforme en hall d'expo, afin que le grand public se rende compte de la mine de créativité et d'innovation esthétique qui a émergé du phénomène musical techno-house. Certains disent déjà que cette subculture doit rester underground et qu'un événement comme celui-ci ouvre la voie à tous les méchants récupérateurs d'idées neuves. Fuck That ! Chroma Park s'annonce au contraire comme un superbe pied de nez à tous les actuels détracteurs du mouvement house et une grande bouffée d'air frais pour tous ceux qui, souvent à juste titre, commencent à perdre la foi. Les critiques d'art vont sans doute faire 3 tours dans leur culotte devant cette débauche de couleurs, mouvements, sensations, astuces, interactions, et prendre conscience du fait qu'art et technologie peuvent faire bon ménage. Les techno-kids auront la possibilité de se faire de nouveaux copains via internet ; car Chroma Park mettra le réseau à la disposition des visiteurs ainsi que quelques machines de réalité virtuelle. Elsa For Toys et Sabotage présenteront leur projet d'art recyclé en anorak, et on pourra se procurer des fringues coupées dans les banderoles de Love Parade 92. Il y aura des projections et des vidéo-shows en soirée, des conférences (si, si !) et puis quand même quelques Chromaparties !
CHROMA PARK à Berlin du 31 mars au 10 avril 94, renseignements : 42 45 25 68.
CÉCILE ALIZON

NU NRG
1er fanzine sur la scène house/techno suédoise, bien sûr tout est écrit en suédois. Mikael Jägerbrand en est le rédac-chef. Dans son pays, il a eu beaucoup de publicité et d'intervues à la télé, à la radio et dans les journaux. Si vous voulez le contacter, écrivez à :
NU NRG P.O. Box 8498, S-402 79 Göteborg SUÈDE, tél. : 031-779 08 86.

DO YOU LIKE STP ?
Serious Techno Power (STP is also short for X), un fanzine de Oklahoma City qui passe en revue la scène house underground. Top 10 de DJs américains, chroniques, etc. Plutôt porté sur le hardcore. Pour ceux que ça intéresse :
SERIOUS TECHNO POWER 5405 N. Military, OKC OK 73118 ÉTATS-UNIS, tél. : (405) 843 7480, fax : (405) 525 3211.

THE JOCKEY SLUT
Ce fanzine mancunien cherche des infos sur les fanzines européens. Écrivez-leur :
THE JOCKEY SLUT P.O. Box 96, South District Office, Manchester M14 5AX ROYAUME-UNI.
GEORGE ISSAKIDIS

SHERMAN AT THE CONTROL (inédit)
"Once upon a time you'd get the sort of guys who wore anoraks, lived in their rooms and wanked away to the latest copy of Penthouse. Then there was digital technology and they went and bought themselves a sequencer. Now they do something infinitely more creative — but it's not that far from aural masturbation at 180 BPM." propos rapportés par Sherman (rubrique Vibes) dans le NME du 2 octobre 1993.

B12
plein d'humour, interviewés dans Mixmag nº 27, août 93 :
What do people do when they're listening to your music ?
"They probably masturbate. In the car kind of area — when they're coming back from a club. It's got to be interesting people. People drugged out their heads."

BRIAN ENO
Dans I-D nº 121, octobre 93, au sujet de l'ambient house : "I think the things I started doing with On Land are still fairly unusual. Whenever those ideas have been taking up, they've been sweetened. They've been made slightly less dangerous by adding a beat to them, or a sound that's more saccharine than I would use. They were really quite dark, those pieces. I don't hear a lot of that now. Musicians respond to it, but when I hear what they've subsequently done, it seems a little bit like the Holiday Inn version of it."

KLAUS SCHULZE (!)
Interviewé dans Keyboards Magazine nº 74, février 94, voilà ce qu'il répond quand on lui demande ce qu'il pense de la scène ambient : "ce courant s'intéresse tout d'un coup à moi. J'ai été en contact avec THE ORB. Virgin pense que je devrais travailler avec WILLIAM ORBIT. J'aime beaucoup la transe-dance. Quand j'écoute les productions de certains labels, j'ai l'impression de me retrouver en 1975. Ces musiciens ont souvent une vingtaine d'années. Ils sont nés à l'époque où j'ai sorti "Moondawn". Ils redécouvrent les mêmes schémas avec des nappes de synthés, des superpositions de couches sonores, etc. Parfois, quand je regarde la télé, la musique me fait sursauter. "Est-ce que c'est moi, ou pas ?" Il y a vraiment des fois où j'ai un doute ! Pour les jeunes musiciens d'aujourd'hui, bien sûr c'est nouveau..."

L'HIVER DE L'AMOUR
Ceux qui sont allés à l'Arc-Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris entre le 10 février et le 13 mars 94 ont pu y découvrir une expo passionnante : "L'Hiver de l'amour". La house a fait à cette occasion une incursion remarquée dans le musée grâce au "Programme techno" proposé par Wolfgang Tillmans. Ce jeune artiste allemand (et photographe pour i-D) avait installé au milieu de la salle Dufy une sono qui diffusait FUSE, HARDFLOOR ou Jeff Mills...

têtù
Le fanzine génial continue de glamouriser votre quotidien (ou plutôt : "continue de so-unrealiser votre quotidien"), et sort 47 nouveaux nº pendant qu'eDEN n'en sort qu'un. Eux et nous sommes d'accord pour dire que l'expression de l'année sera : "C'EST SONAL !"
Quant à la phrase la plus sonal, c'est bien sûr : "post-bigoudis ≠ post-lardons" (qui ne comprend pas ?). Allez , on vous embrasse et à la prochaine.
têtù 8, rue Fautras 29200 Brest. Prochain nº prévu pour mars.

ReVOLUTIVe DANCe SPHeRe
Nouveau fanzine house et ambient-indie-techno. 6 pages format A5 très orientées musique avec articles de qualité (Different Drummer/Original Rockers, Beyond Records) et vraies chroniques ni bébêtes ni béates. Vivement le 2e nº et 60 pages please !
ReVOLUTIVe DANCe SPHeRe/DIVULGO ORGANISATION c/o Philippe Bertrand 18, rue Roode 31000 Toulouse.

RAZZAMATAZZ
La voix de l'underground lillois, c'est Razzamatazz, un nouveau fanzine house techno rave. Vous y lirez les articles de DJ Christophe !, Thomas Despatures et Rémi Prévot. La sortie est prévue pour début avril.
Contact RAZZAMATAZZ c/o Christophe ! : 20 51 52 64.

TOGETHER
Un fanzine techno-house à Angers, cela relève de la science-fiction. Car cette ville doit devenir autre que la capitale du rock en France : les 60 groupes nous emmerdent !
TOGETHER 4, rue de la Traquette 49100 Angers.

MAGIC MUSHROOM (inédit)
Le nº 8 du meilleur magazine français de rock est paru. En phase avec son temps, le sommaire propose entre autres gâteries des interviews de SEEFEEL, de ULTRAMARINE et un dossier sur Ice Rink, le label fondé par 2 membres de SAINT ETIENNE. On y trouve aussi une intéressante interview du DRUM CLUB qui fait franchement douter de l'honnêteté et de la culture dance de ce groupe britannique, puisque Lol Hammond explique sérieusement qu'au début de la house, les Anglais étaient envahis par de grosses productions (!) en provenance de Chicago et Détroit, qu'ils étaient handicapés par le manque d'argent (!!), d'où l'utilisation de vieilles machines comme la TB-303 (!!!). La vérité étant bien sûr inverse, à savoir que la house comme l'acid house (qui utilise la TB-303) viennent des ghettos noirs, latins ou gays d'Amérique, étaient publiées sur des petits labels underground indépendants qui ont souvent fait faillite, et que les majors anglaises ont comme souvent récupéré, commercialisé et pourri pas mal de choses avec leur puissance financière. Tout cela ne devant évidemment pas vous empêcher de vous abonner à MAGIC MUSHROOM c/o Philippe Jugé 116, rue la Fontaine 75016 Paris. Dernière minute : le nº 9 est prévu pour fin mars avec entre autres un article sur UNDERWORLD et une intervue de ORACLE.

UNDER ONE SKY
Continue d'être le bulletin de liaison de la scène hardcore new-yorkaise avec de + en + d'intervues et d'ouverture sur l'étranger. Dans le nº 11 : Australie, Scandinavie, SPIRAL TRIBE, THE SOURCE, LUKE SLATER, et un très intéressant article de Frankie Bones sur la scène electro de la 1re moitié des années 80, avec un club, le FunHouse, un label, Streetwise Records, et des gens comme Arthur Baker, John Robie ou Jellybean. ORBITAL, FUTURE SOUND OF LONDON et Nick Nice dans le nº 12. Abonnement en écrivant à UNDER ONE SKY/Heather Lotruglio 2249 E. 21 St., Apt. 4F, Brooklyn NY 11229 ÉTATS-UNIS.

LES NERFS
En Angleterre le fanzine house rigolo, c'est The Nerve. Très peu de chroniques de disques ou d'intervues, mais beaucoup de délires sur le sexe, le mariage, les perversions sexuelles, les drogues, la baise, la drague, et aussi le sexe.
THE NERVE c/o 9 Piccadilly Arcade, New St., Birmingham B2 4HD ROYAUME-UNI.

ABCDFGHIJKLMNOPQRSTUVWYZ
"E For Ecstasy" est le livre de référence sur votre drogue favorite, que tout le monde attendait. Pour connaître les risques du MDMA et savoir les minimiser, découvrir ses effets bénéfiques et comment les accroître, apprendre qu'on l'utilise pour résoudre certains problèmes en psychothérapie ou pour soulager les cancéreux. Recommandé aussi bien par The Face, Outlook, l'Aberdeen Express que par l'Association for Psychedelic Studies. Disponible en envoyant 9 £ à l'auteur, N. Saunders 14 Neal's Yard, WC2H 9DP ROYAUME-UNI, ou en appelant aux heures de bureau le 071 836 9404, pour payer avec une carte de crédit.

RAVE GENERATION
Tel est l'intitulé de l'émission de Laurent Falet sur la radio locale associative CBE 95.1 FM, du côté de Bologne dans le 52. Il occupe depuis janvier la tranche 20 h 00-22 h 00 le jeudi. Il mixe PHUTURE, 2 SHINY HEADS, SHAZZ, PARADISE 3001, CAPRICORN, HARDFLOOR, RED PLANET, etc. et donne des infos sur les soirées. DJ dans des raves et en club, Laurent passe maintenant à la vitesse supérieure en organisant ses propres soirées, et en composant avec un ami.

OPEN YOUR MIND
Rave organisée le 26 mars par l'association Activaders au profit d'Act Up Paris. Une salle Trance Sphere avec les DJs L'Exorciste, Heyoka, L'Aquarium, Davyd et Stephanovitch, une salle Blanca Y Negra avec les DJs Le Saint, Didier Sinclair, Alex (Toulouse) et Kino Iznardo (Valencia), et une salle chill-out. Le lieu sera à découvrir sur les infolines et sur minitel. Des navettes gratuites sont prévues porte d'Italie entre 23 h et 2 h, avec le retour de 5 à 9 h. Entrée : 100 F, voyage + entrée depuis Toulouse : 300 F à Sonido Del Futuro, voyage + entrée depuis Strasbourg, Metz et Nancy : contacter Thierry/info 4A Voyages au 83 37 66 66.

LE 7E JOUR
En pensant à ceux que les dimanches font déprimer, Alain et Julien avaient organisé des après-midi dansants 2 dimanches de suite fin 93, au Stand By Café dans le quartier de la Bastille. Très réussis, on pouvait y discuter et rencontrer de nouveaux amis en écoutant le meilleur de la house et du garage. Malheureusement l'expérience a tourné court à cause de la mauvaise volonté des proprios. Pas découragés pour autant, nos 2 compères préparent une soirée avec le même esprit, à Jussieu, fin mars ou début avril. DJ Pascal R et Tom seront à nouveau de la partie. À surveiller donc.

C'EST TABOO !!
Allez tous les mercredis de 22 h 30 à 3 h aux garage sessions organisées par Thierry Pilard et Patrick Vidal à Lili La Tigresse, et écoutez-les jouer les nouveautés de la semaine. L'endroit est un bar cosy, avec quelques gogo dancers topless pour faire monter la sauce.
C'EST TABOO/LILI LA TIGRESSE 98, rue Blanche 75009.

ÉTOILE FILANTE
C'est le nom du spectacle de JENNY BEL-AIR qu'elle donnera début mai dans un cabaret de Pigalle. Mis en scène par PATRICK VIDAL, ce show "musiques et mots" vous emmènera de la comédie musicale au garage, en passant par le Brésil, le jazz, Nino Rota et la chanson française. 6 musiciens, dont LES CLAQUES DE VELOURS, accompagneront Jenny. La fête durera toute la nuit puisque vous pourrez ensuite danser sur le garage, la disco et la deep que joueront Patrick himself, ainsi que DJ Pascal R, Deep et André.

NEXT (inédit)
Nouvelle série de soirées, 1 mardi par mois au Palace. Frankie Knuckles jouait à la 1re le 8 mars ; suivront Little "Louie" Vega et INDIA, puis Junior Vasquez...

PEACE OF MIND
Les charmantes Sophie et Emmanuelle, alias Peace Of Mind, interviewées dans eDEN nº 3-4, et qui avaient organisé de non moins charmantes fêtes en 92, n'ont rien à voir avec les raves organisées cet hiver par Devil, et qui reprenaient leur nom. Elles continuent par contre à participer avec Siddhu aux soirées Mantra (tous les jeudis, à l'Ego Club et 1 fois par mois au Palace ; Weatherhall et Roger Sanchez annoncés), et préparent les fringues et les accessoires Peace Of Mind.

BAD
BAD boys crew est la marque de Ash, Skki et Jay One, jeunes peintres parisiens et new-yorkais, issus du mouvement graffiti art. Vous avez sans doute déjà vu leurs T-shirts aux slogans simples et efficaces : "Don't mess with the hardcore", "Tragik", "Action speaks louder than words", "Amigo"... En vente chez BPM, Juice, Rough Trade, Street Machine, USA Import. Contact à l'Hôpital Éphémère : (1) 40 25 02 21.

TERRAIN VOGUE
Un magasin dépôt-vente où les fringues sont funky ; Vivienne Westwood, Helmut Lang et Gaultier souvent à moins de 500 F. On y trouve aussi des stylistes indépendants, comme Blythe de Londres, des lampes, des tableaux et même des vêtements de mode pour enfants. Allez-y aussi pour les accessoires et petits objets. Surtout que ce magasin, ouvert depuis décembre, est tenu par les 2 jeunes femmes les + accueillantes de Paris.
TERRAIN VOGUE 13, rue Keller 75011 PARIS ; tél. : (1) 43 14 03 23.

MESSAGE PERSONNEL (inédit)
Maïa, on a bien reçu ta lettre ; mais ton adresse et ton téléphone n'étaient valables que jusqu'en août 93. Envoie-nous ton nouveau contact, nous passerons ton annonce dans le prochain eDEN, et tu pourras sans doute trouver ainsi des musiciens pour former un groupe house/techno/ambient/cold wave. We love you too.

MESSAGE PUBLICITAIRE
Widowsky est heureux de vous annoncer la sortie de son 1er disque solo, sous le nom de NATURE. Le label est Dark Records qui dépend du distributeur anglais bien connu Mo's Music Machine (référence DRK 008). C'est un double maxi vinyl avec 2 titres, "Nature" et "Vagues", proposés en 3 mix chacun. 50 minutes de deep et de techno soul. Disponible notamment à Street Machine.

DAFT PUNK
Ce nouveau groupe techno parisien sort le 4 avril 94 sur le label écossais Soma un maxi 2 titres 4 mix (The New Wave, Assault). DAFT PUNK, c'est le nouveau projet de Thomas Bangalter et Guy-Manuel Homenchristo, qui jouaient auparavant dans un groupe de rock.

EAGLES PREY
L'excellent groupe anglais d'indie-progressive-expérimental prépare son 1er album. Il s'appelle "Psychotic Episodes" et sort bientôt sur leur propre label. 1 000 exemplaires seront pressés. Les nouveaux morceaux mélangent house, techno et ambiances électroniques.

BORED OF THE SAME OLD THING
Probablement dès cet été à Paris un nouveau label indépendant (c'est la mode !). Cette fois, démarche arty et underground, déclinée en plusieurs collections electronic listening music, indie techno et bien sûr house. Vous en saurez plus bientôt... 11-15 70 11 en attente.
WIDOWSKY ET CIE

TNT
Ça va péter ! Ou comment parler du gabber et du hardcore avec l'humeur et l'intelligence qui n'y siéent pas habituellement. Comiques, les chroniques de disques sont traversées d'un humour acide. Pratiques, les playlists permettent de connaître les galettes en vogue (!) et l'agenda offre une sélection des meilleurs raves hardcore. Épique, le billet d'humeur qui commence ce petit billet du Professeur Diabolique, le gabberosophe en herbe.
TNT : 49, rue Marcadet 75018 Paris.

FG 98.2
La house revient de + en + sur cette fréquence dont le hardcore avait fait sa chasse gardée. Désormais retrouvez Didier "Happy" Sinclair de 17 h à 21 h tous les jours de la semaine. Le pied, c'est Wax Groove d'Érik Rug le lundi de 19 h 30 à 21 h, Midimix avec Deep le lundi et vendredi de midi à 14 h, sans oublier Continental Mix le samedi de16h à18h avec Tom Bouthier. Sinon les Capitaux de la capitale de Jérôme et Nadaia, c'est à 19 h 15 pétante dans Happy Hour et c'est en version longue dans Culture Club de 19 h 30 à 21 h pour savoir où guincher.

BÉGO-BÉGO
Ce n'est pas une nouvelle appellation pour se dévisser la tête mais un bar qui fait face au Quetzal. Techno et plutôt mouvementée, l'ambiance attire la faune "arty et underground" (n'est-ce pas, c'est toujours la mode !). C'est simple, d'un côté les moches, de l'autre les zindas, à vous de choisir...
Le Bégo-Bégo : 7, rue de la Verrerie 75004 Paris

THE BRAIN/CODa (inédit)
The Brain est un "rave fanzine" comme on pourrait l'imaginer en d'autres contrées, un peu plus joyeuses et généreuses. Des infos et un reportage sur Take No System, qui emmène les ravers parisiens les plus téméraires dans le vaste espace européen. Coda prépare son 6e nº et explore toujours le vaste espace musical de la techno. Dans tous les kiosques, tous les 2 mois, ce magazine affirme son existence et sa personnalité.

GAY PRIDE
Dernièrement à Toulouse, une soirée Gay Pride a eu lieu et engendré un différent de taille. Les faits : les organisateurs ont oublié de passer une convention avec les associations bénéficiaires de l'événement, et le comité Gay Pride a fait constater par huissier l'utilisation abusive du label Gay Pride. Déposez demain à l'Institut National de la Propriété Intellectuelle n'importe quel mot à la mode et d'usage public et encaissez la monnaie ! Les 2 parties en question se retrouveront en procès et nous aurons encore là un des grands moments de la vie associative gay. Champagne !
CHRISTOPHE VIX

HOT 5 ET SUPRIYA (inédit)
Jean-Christophe Champredonde, dit Jeyssy, est DJ. Les réverbérations claires et limpides du funk l'amènent un temps à se produire sur une radio libre de Nice. La deep house du New Jersey, puis d'Italie, avec turbo disco sound et féeriques clochettes, l'influence et en fait un des DJs les + côtés de la Riviera. Ses soirées s'appellent Kit Kat, Liquid City, Love Groove, Bubble Gum, Clochette Is Nervous, Oz, etc. et se déroulent de Menton à St-Tropez, de Cannes à Nice et parfois en Italie (Vintimille, San Remo...). Il entre à l'agence de DJs Respect For et organise au Ranch les Ménageries de la côte, avec son compère DJ Slave (Red Zone). Jeyssy est aussi journaliste (pour Côte d'Azur Magazine et eDEN, puisqu'il est notre correspondant azur). Dans la musique et jusqu'aux mots, ses influences sont les mélodies multicolores, les discothèques, la "pornographie innocente", la grâce, les modes et l'humour du temps. Tout cela, on a pu le retrouver dans son fanzine Hot 5 : 5 pages d'humour, de définitions, commentaires et humeurs autour des raves, clubs, disques, et littératures originales.
Histoires de danse, de ritournelles, de disco fever sont aussi au programme de Supriya, nouveau et 1er gratuit intelligent qui paraîtra tous les 2 mois. 20 pages ayant pour objet la distraction éducative, et qui, en ciblant une clientèle jeune et branchée, se permettra d'aborder des thèmes nouveaux pour un gratuit (analyses de films, nightclubbing, page DJ, TV Eyes, etc.). Le 1er nº, dont Jeyssy est rédacteur en chef et chef de publication, sortira en décembre. Tiré à 10 000 exemplaires, 1 000 copies seront distribuées sur Paris. Pour le reste et dans le sud, c'est dans les cafés, clubs, boutiques, lieux pittoresques, bars, magasins de disques, librairies etc. que l'on trouvera Supriya, ses "hot" et ses "cold", ses arpèges et ses nuances.
PHILIPPE LAUGIER









FÊTES

FAIRE LA FÊTE, PAS LA TÊTE !
Rentrée (en matière) tout en douceur pour eDEN. House music lovers blasés ? Pas vraiment. Plutôt l'envie de repousser au + tard la frénésie des sorties, et profiter d'une rentrée dancefloor assez calme pour se souvenir de l'été (deep house on the Riviera avec DJ Jeyssy au Factory, Nice bubble-guming...).
À force de voir tout le monde s'extasier (sens propre et figuré) sur Vernon et Energy 52, sortes d'instrumentaux façon DAF ou bien ANN CLARKE en pleine extinction de voix, on se dit que les vrais tubes de l'été étaient plutôt The Fog, Morales (Gimme Luv, real one...), ou B LINE et X-PRESS 2 pour les excités. En conclusion, des disques que l'on entend plus facilement chez soi que dans une abbaye à 55 km de Paris (la rave Castel Of Illusions 2). D'autant que ceux qui auront fait le voyage se seront retrouvés (à défaut du décor médiévalo-gothique annoncé) sous un chapiteau tout-terrain, boueux en l'occurrence, avec de surcroît 2 enceintes en pleines décrépitudes (les G.O. seraient bien gentils de ne pas prendre tous les ravers pour des canards sauvages...).
Les heureux-Disney, le même soir et le lendemain, auront été bien inspirés de payer un peu + pour un programme un peu mieux. Toujours bloody loin de Paris (Marne l'avalée) et toujours sous chapiteau (une fois encore, promesse d'un décor aussi fantasmagorique qu'inaccessible à tout organisateur, même des plus motivés — Nicky Holloway en l'occurrence). Ce n'était donc pas chez Mickey mais sous les tentes (Mickey en serait-il une ?), près de la "sublissime et baroque" chaîne Novotel (one night in heaven...) qu'on a pu savourer le gratin, le must, la crème des crèmes des DJs (cf. chronique appétissante ci-jointe, véritable cerise sur le gâteau...).
Un peu + tôt en septembre, les Happy Farmers (nouvelle secte de Mylène en plein 1er émoi d'exta — ainsi soit-elle) nous conviaient à leur rave agricole, espérant du même coup nous faire faire labourage et pâturage à l'œil (de biens étranges travaux de nuit...). Une bien jolie idée en tout cas, annulée en chemin : le petit poucet lui-même n'aurait pas eu assez d'ecstasies pour délimiter son parcours...
À 7 km de Paris 7 fois, Lunacy cinéphile et le 2 octobre en studio de cinéma, était une house rave party sympathique, surtout pour le chill-out, très "refuge en vallée des merveilles". Sane, tagger fou, et Ghaïta, poisson lune, auront fait une bien jolie déco, aquatique parfois, space le plus souvent. En guides touristiques et musicaux, Érik Rug, Koenie, Marcello, Ben, Moose etc. : du beau monde rassemblé par Pierre Hermann (120 BPM), et ce, une fois par mois.
Mais bon, la vera des vera n'était pas celle-là : c'est à Take No System qu'on la doit. Le Rêve d'Icare, le samedi 16 octobre et dans une salle du Bourget (non pas une aérogare...), a fait voler bien du bon monde. Avec Godard (NL), Jef, Seb, Stepanovitch et surtout Sven Van Hees aux platines, personne ne semble s'être brûlé les ailes. Autant de mines ravies que de bonnets multicolores pour une house party comme on n'en avait pas vue depuis longtemps. Saluons aussi Manu's Gang, percussionnistes frénétiques et frétillants.
La grande rentrée des raves n'aurait-elle pas encore eu lieu ? Back to the old house ? La house est morte ? Vive la house !!! Et back to clubs. Le lundi, il y a le Palace, mais plus on y pense, moins on y trouve sa place.
Le mercredi, il y a Mantra, qui marche de folie depuis cet été, avec les DJs de FG, Armand et Sonic, et quelques pépites en guest-lingots, Darren Emerson, Érik Rug, Hazel B, Dimitri, Isis, etc. Mais sono épouvantable : apporter son baladeur et des lunettes noires (top ringard) : la clientèle n'est pas terrible non plus...
Le mercredi, c'est tout aussi groovy chez les Queenies du 102, avec les soirées Club House de FG au Queen. Le directeur des programmes de la radio, Didier Sinclair, en résident, et Deep ou Érik Rug en guest et en alternance. On parle de Francesco Farfa dans un futur proche. Ambiance glam et gorgeous dancers jusque chez la dame pipi et c'est bien ainsi.
Toujours le mercredi, et pour ceux à qui les Folies Pigalle ne donneraient pas encore d'arthrose, de nouvelles soirées tendance "Music" sont prévues avec Olivier le Castor, entre autres.
Le Rex Club le jeudi est une valeur sûre. Lors des Wake Up, se présenter le plus tôt possible à la porte si on espère entrer. Sinon, Laurent Garnier reprend son souffle pour une nouvelle année techno house qui promet d'être excitante. Asthmatiques s'abstenir. Les autres, courez-y.
Un samedi sur 2, et si vous n'avez pas peur des coups de feux, venez danser à l'Élysées (Marbeuf). Tous les DJs anglais tendance progressiste viendront nous rendre visite lors de cette soirée de qualité. Mais un conseil, n'oubliez pas votre gilet pare-balles. Si vous n'en avez pas, achetez en un : pour toutes les raves à venir, c'est un investissement à long terme qui pourra toujours servir...
PHILIPPE LAUGIER



CHRONIQUES DE FÊTES

NANTES 20 NOVEMBRE 93, LOVE STIMULATION :
Dans une salle en banlieue de Nantes, 400 personnes environ, dont 1/3 restant à l'extérieur (par 6°, un tel esprit de solidarité avec les SDF ne peut qu'être salué). Aux platines, Seb (Nantes, Hypnotic Tribe), dont on ne vantera jamais assez les mérites, allume les pétards avec une house US géniale, électrique et groovy. C'est tout vu, on surveille Seb de Nantes de très près (be very afraid !). Saint Pascal R reprend le flambeau, bien hystérique comme on l'aime, histoire de faire péter la grosse bleue. Le feu d'artifice se poursuit jusqu'au hardcore avec Tino de BRS, direct from Quimper, puis Kristian (revu par la suite au Carmès pendant Rave Ô Trans à Rennes) qui attaquent à la tronçonneuse les chevilles des ravers. Bref on coupe des arbres, on débroussaille. L'organisation, Mégabal, hyper-shiny, lâche le bar pour se ruer sur le dancefloor (jamais vu !! Total free bar dès 2 h du mat ; tout le monde se sert en bouteille d'1,5 litre de Pepsi ! Décidément, think different !). Very good vibes mais prétensnobœufs people.
(London X-Press mixé par DJ Pascal R avec des samples de Gimme Luv de David Morales).

STRASBOURG 27 NOVEMBRE 93, FEEL DA RHYTHM :
Organisée par Talstef, déji actif de la scène house strasbourgeoise, une rave underground en plein centre de Strasbourg, dans le hall et la cafette de l'école d'archi (ambiance "Hélène et les ravers" dans la cafette). Étant à la frontière franco-allemande, on pouvait craindre une petite excursion vers la Ruhr (ses bassins miniers, ses terrils, ses mineurs de fond, sa techno hardecore), mais on s'est plutôt tapé la visite de tambourine city avec M. tam-tam (Talstef excellent), Herr grosscaiss (Power Stos bien speedé) et M. badaboum (Érik Rug himself), avec en cadeau Bonux une batterie de congas déchaînés (Congo Inferno !). Mandarines et pommes, barmen et filles au vestiaire tous adorables, déco vraiment pretty et drôle avec des Jamiroquai en polystyrène fluo partout, des fresques psychés, + une super idée : les baies vitrées de la cafette peinturlurées avec cette peinture blanche qui sert lors des soldes ou dépôts de bilan dans les magasins. Résultat : gros concours spontané de dessins trashy faits au doigt par les ravers. Et ainsi qu'on l'a déjà hurlé dans ces mêmes colonnes : vive Strasbourg !!
(London X-Press mixé par Érik Rug en vitesse ultra-speed avec des congas hystéros par-dessus).

PLOUESCAT 29 DÉCEMBRE 93, HOUSE NATION :
Quoi, une rave au Roxy (boîte du nord Finistère qui connu son heure de gloire au début des années 80) ? A priori, il n'y avait pas de quoi s'énerver : les raves organisées par les boîtes étant souvent + que douteuses et leur boycott étant la plupart du temps recommandé. Mais là foin de préjugé, on se lance dans la tornade. Pascal, DJ résident du Roxy et organisateur de la soirée à titre perso avec 2 amis, nous sert une house glammy kitsch sans problème existentiel (un bonheur), suivi par des adeptes hardecores (arrêtez les tronçonneuses ! Peace, save the forest !) ; chacun son truc. Jack, déji marseillais dont il est bon ton de dire (beaucoup) de bien, arrive pile au bon moment et offre un set de progressive torturée de voix magnifiques, vraiment démentiel et totalement démesuré, une spirale géniale dans laquelle s'engouffrent les 600 ravers présents. Pour se donner une idée : "imagine driving very fast down a highway during a nuclear attack with a voice on the radio whispering sexy things", pour reprendre les termes employés par Vanity Fair à propos du Sound Factory de New York. Les bras nous en tombent mais on les ramasse pour applaudir l'archange. Le people ? Ha, ha, le people... Un mélange rarement vu : ploucs, fashion victims wanna-be-a-gogo, artistes fous, pouffes stustustu-studio-line, gueules de dépressifs à la mode, rockers poppy, technophiles, gays avec des grelots, folles distribuant de l'encens, teenagers ; bref ça touille dans tous les sens, on danse n'importe comment, excités comme des gamins. On improvise un chill-out surréaliste dans les toilettes des filles ; on s'amuse comme des fous. Sans oublier l'after, super convivial dans un restau avec des jongleurs et de la très bonne transe-progressive, avec les déjis Stevens from Concarneau et Sylvain de Brest. Génial ! Leeds devait ressembler à ça en 88.
(London X-Press surmixé par Pascal par petits bouts au-dessus de plusieurs morceaux house garage).
LOÏCK "têtu" PRIGENT

OÙ SONT PASSÉS LES MICKEYS ? (inédit)
Réunir la house nation à Marne-la-Vallée, chez EuroDisney, c'était une bonne idée. 2 nuits, un line-up de 24 top DJs avec entre autres Alfredo, Paul Oakenfold, SLAM, Graeme Park, Tony Humphries, Sasha, Justin Robertson, Sven et Nicky Holloway (Maître de Cérémonie), c'était une très bonne idée. Hélas le bon Walt, toujours soucieux de la moralité de ses créatures, ne l'entendait pas de cette oreille. Pas de chance Fifi, Riri, Loulou ! Pas de chance pour nous non plus car se replier sur le Novotel à Collégien, mégabled à 10 km de Marne-la-Vallée, ce n'est pas une bonne idée. Et des chapiteaux perdus à 1/4 d'heure de pluie et de boue du Novotel, c'est carrément une mauvaise idée. Dance Europe Weekender, annoncé comme point de convergence des "globe-clubbers/party people motivés" (dixit le flyer), s'annonce donc plutôt rustique.
D'abord, trouver l'endroit. Dès le 3e essai, nous repérons le Novotel, bloc de béton échoué à flanc d'autoroute. À l'intérieur, quelques centaines d'Anglais achèvent de pourrir sur la moquette du hall d'entrée sous le regard effaré du personnel. Ça commence bien : les pompiers, menaçant de tout annuler, exigent qu'on enlève toute la déco intérieure des chapiteaux par mesure de sécurité. Virer la déco prendra 4 heures, et DEW ne commencera qu'à minuit. En attendant, crochet par l'hôtel où campent les DJs. Évidemment c'est encore dans la zone, mais dans une autre. Là-bas, la fête a déjà commencé. Le restaurant vomit les restes d'un banquet bien de chez nous, qui tourne à Dance Franchouille Weekender, version underground et familiale de DEW. Les DJs, réfugiés au minuscule bar de l'hôtel, s'acharnent sur le champagne en bons touristes et beuglent en bons hooligans les chorus de PLASTIC BERTRAND, climax du banquet.
2 heures après, le weekender commence enfin. Come on (and do it). À l'approche des chapiteaux, quelques indices font remonter aux lèvres les souvenirs les plus mal digérés des festivals/raves anglais : un bled (mieux : un champ), la pluie (mieux : la boue), des teenagers défoncés (mieux : des crusties défoncés).
À l'intérieur des tentes, 3 salles, 2 grandes et une petite : le "cloudscape", euro-techno, le "cityscape", plus garage et house anglaise, et le "bar", plus bar. Le son est correct, sans plus, entre rave et boîte. Nevermind, le groove et l'ambiance sont là et bien là, ça nous change de pas mal de fêtes parisiennes. Le public a une bonne gueule, plutôt anglaise. De même l'organisation, hyper-pro, est 99 % british, 1 % parisienne avec Tom et Jerry (échappés de la Warner).
Détaillons le groove. Bref coup d'œil sur D:REAM live au Cityscape dans un show "Frankie goes to Marne-la-Vallée", puis Cloudscape où Justin Robertson, égal à lui-même, hystérise les masses. Retour au Cityscape maintenant passé aux mains des garagistes, quelque part à la dérive entre Manchester et Londres. Graeme Park est sans risques donc sans surprises, et Tony Humphries, schizo, commence garage et finit progressive comme d'habitude. Meanwhile, dans les nuages, la fête foraine euro bat son plein, animée par les sympathiques Dimitri, Marcello et Copp, amis des tout-petits. Apothéose à 4 heures du mat quand Claudio Coccoluto prend le bar en mains. Pendant 3 heures Coccoluto va scotcher au dancefloor une centaine de clubbers avec un set under-graaa-ound (en italien dans le texte), enchaînant implacablement dub garage sur garage dub — i.e. ni Strictly Rhythm, ni même MURK, mais Beach Flea, Raiana Page, Doc Livingstone, ELEANORE MILLS, LIQUID CITY, MOUNT RUSHMORE... Coccodance pour tous jusqu'à l'aube et fin du 1er acte.
Samedi, DEW est rodé et nous aussi. Une nouveauté pourtant, on entend un peu parler français. À ce propos, on regrettera que DEW soit plus "U.K. in Paris" que réellement européen. 2 000 Anglais, 500 Français, quelques Belges, Italiens et Allemands, le manque de pub a limité le côté communauté européenne de l'affaire. Dommage.
Peu de Français donc, et on les comprend ! Mettons-nous à la place du Mickey de base. Que peut lui offrir DEW par rapport à sa rave hebdomadaire ? POSE : 24 DJs qu'il ne connaît pas contre le copain du copain aux platines. PAF : 2 nuits weekender = 3,5 raves parisiennes antigroove. GLAMOUR : Anglais lookés, euh, Anglais, contre Français lookés sifflet. DÉFONCE : musique (+ dope) contre dope (+ dope). Aussi Mickey reste-t-il chez lui vendredi soir à écouter FG et se précipite-t-il le lendemain à la première rave venue. Évidemment moins futés, nombre de provinciaux se seront égarés au weekender...
Les hostilités/festivités y reprennent samedi avec "happy" Tom au bar, "phuture" SLAM au Cloudscape et Brandon "B(ol)lock(s)" au Cityscape. Très vite, les choses se précipitent et les Anglais ont le climax de leur vie : public anglais, ambiance anglaise, top DJs anglais (Oakenfold, Tong et Sasha), groupes anglais (M PEOPLE, HYPER GOGO)... Et tout ça à Paris ! Enfin presque, à Marne-la-Vallée. Cerise sur le pudding, les excellents INNER CITY, tellement vrais qu'on dirait du playback, qu'on se croirait à Top Of The Pops. Dans l'autre salle, chez les Teutons, on rigole moins : WESTBAM a redécouvert cette bonne vieille idée SWANSienne de la musique comme punition, simplement il décuple les BPMs histoire d'abréger les souffrances. Humain, trop humain, WESTBAM. Lui succède Sven le rédempteur pour une messe expiatoire qui met en transe les moins de 15 ans. Abandonnons sans regrets ces zombies numérisés vivants et retournons au bar. Là, miracle ! Par un coup de platine magique, Alfredo nous transporte tous à Ibiza pour un happy end bien Disney. DEW is falling, sun is rising...
DISCO SIMULATOR



LEEDS, OU LE "JOUR ET LA NUIT" (inédit)
Souvenez-vous en 1990 du "sound of Leeds": bleeps et mega sub-bass (quelques titres sur Warp). Aujourd'hui, quand vous débarquez là-bas, c'est pas franchement la joie : ciel bas, froid, la bouffe (je vous laisse imaginer), les gens (cette ville est à 80 % étudiante — plutôt tristounets et tous fringués de la même façon), les femmes (charmantes, certes, mais...), quelques magasins de disques boum-boum becker. Mais tout ça c'est le jour. Alors soyez patient et attendez que la nuit tombe (vers 16 h !), car finalement c'est la nuit que les gens vivent (au sens dynamique du terme). Quelques soirées acid jazz/funk et tout le tralala en semaine mais rien de vraiment notable. Quant au week-end, c'est l'aboutissement d'une semaine d'impatience devant l'ennui ambiant. Alors le vendredi soir, tout le monde se lâche : au niveau fringues, c'est la métamorphose : les femmes dignes de ce nom sortent de leur néant et se fringuent sexy — très sExe même. Bref dans les clubs, contrairement à Paris, il y a plein de jolies filles aussi charmantes qu'Xitantes. Les mecs, c'est un peu le même concept : on se fringue mieux. J'aurais cependant du mal à apporter plus de précisions sur cette race.
Avec mon Bébé que j'aime, j'ai eu l'honneur de faire les 2 must-clubs de Leeds :
BACK TO BASICS vendredi soir (jusqu'à 4am). Resident DJ : Jeremy Healy. Entrée : 7 £. 2 pistes : la 1re est disco house (400 personnes), pleine à craquer mais très bonne ambiance, musique variée, très bons mix de J. Healy, très en vogue actuellement. Rien à voir avec des soirées progressivo-transoïdo-déprimo-tristoïdo-prise-de-tête à caractère masturbatoire, dont certains parisiens ont le secret... Le 2e étage, plus aéré, joue de la soul-rap-acid-jazz. Seul inconvénient : le son y est trop fort pour être un chill-out cool.
VAGUE samedi soir (jusqu'à 2am). Resident DJ : Phil Faversham. Entrée 8 £ ou 7 £ (étudiant). Alors que vaut le club nº 1 en Angleterre (dixit les magazines GB) ? D'abord, conseil : arrivez avant 9.30 pm sinon, no chance car la porte est assez sévère (les baskets sont déconseillées) et puis ce club a un succès foouu ! À part ça, c'est un peu le club des branchés qui se la joue un peu à la New York : quelques folles, beaucoup de femmes fringuées sExe (50/50 mecs/nanas) mais l'ambiance est décontractée et happy (les gens n'ont pas l'E triste et n'ont pas la grosse tête). La musique est pas mal, et là encore très variée : garage-tribal-minimaliste-salsahouse-hits funk/disco. Mais, et c'est probablement voulu, les aigus sont trop poussés (ce qui est franchement mauvais pour les tympans, plus que les basses). Club idéal pour se bourrer la gueule.
PAPO









SKEUDS



COMPILS

ESOTERIC "Club Class 2", "Club Class 3" (Esoteric/UK) :
Esoteric est une petite maison de disques londonienne dirigée par Irving Soremekun et Nicola Cairncross. Leur bureau se résume en fait au séjour de l'appartement de Irving, situé dans ce quartier branché qu'est devenu Notting Hill. Leur style est très ciblé : garage avec plein de "soulful vocals". Pour l'instant, leur but est de réaliser des compilations regroupant des morceaux marquants ou mythiques, dont les maxis sont devenus introuvables. Ils montent aussi parallèlement Esoteric Publishing (maison d'édition) et Esoteric Select (promo). Enfin, toute une gamme de merchandising à la Nervous, dessinée par Mark Wigan, est d'ores et déjà disponible par correspondance. Ils se font d'abord connaître en sortant fin 92 une compilation Bottom Line (voir chronique dans eDEN nº 5), puis la compilation Club Class contenant 13 titres américains, canadiens, anglais et italiens (dont ROMANTHONY/Falling From Grace, YOLANDA REYNOLDS/Children Of The World, RALPH FALCON/Every Now & Then, KEISHA JENKINS/Goin' Through The Motions). Cet hiver est sorti la suite, la compilation Club Class 2, et déjà le volume 3 est annoncé. Cette fois, la grande majorité des titres vient des États-Unis, ce qui apporte la cohérence qui faisait défaut au 1er volume. Ces Club Class sont excellentes et compilent le meilleur du garage actuel. On retrouve (ou découvre) avec plaisir sur le volume 2 les bombes que sont ALEXANDER HOPE/Saturdays (production BLAZE), MISSION CONTROL/Outta Limits (production MURK — Esoteric ressort le maxi avec 5 mix dont 3 nouveaux), NAOMI DANIEL/Stars (production CARL CRAIG), ROBINSON WALL PROJECT/Family Prayer, 22 LARGE/Take Me Away, KAREN ANDERSON/I Work Hard To Love You, HARDRIVE/Deep Inside (production "Little" Louie Vega), BLAZE PROJECT/Why Can't We Live Together... Le volume 3 est encore meilleur, + uplifting, avec REGGIE HALL/Hold Me, Touch Me, Q-RIUS/Peace & Love et de nouveaux titres de Victor Simonelli, BLAZE, ROMANTHONY... À recommander à tous ceux qui pensent que le garage tourne en rond depuis 1 an.

UMM "Cento The Unreleased Project" (UMM/I) :
Il y a un style italien : deep, dépouillé, tribal par moments ; et Underground Music Movement en est le label phare. Cette compilation bien conçue vous en fera découvrir quelques morceaux parmi les + éblouissants : ALEX NERI & STEFANO NOFERINI "In Progress", IVAN IACOBUCCI "All Right" ou MIX IN PROGRESS "Groove Me".
WIDOWSKY

THE REAL DEAL "Garage Grooves, Disco Delights & Funky Floor Fillers" (Rumour/UK) :
Dernière compil house en date sur Rumour, compils qui ont la particularité d'avoir des pochettes délicieusement ignominieuses, elle reflète la mode actuelle en G.B. : le garage et la funky-house. On laisse tomber la 2nde tendance (en tout cas les morceaux représentatifs sur la compil n'ont eu le droit pour moi qu'à une seule écoute) et on essaie de tirer l'essentiel de la 1re. Des noms ! OK : Simonelli Victor, Victor Simonelli, V.S., Victor S., etc. Il faut dire que c'était vraiment la star de l'année, le John Travolta de la house (ceux qui ont vu sa photo savent de quoi je parle). 2 morceaux sur The Real Deal et une face pour lui tout seul : Do You Feel Me déclinaison sur le thème de You Need Someone et Was That All It Was disco revisited extra. On signale aussi Nothing Better, standard garage joué ad vitam æternam par Graeme Park et TENSION/A Place Called Heaven, avec une voix masculine à faire peur au pire des drag-queens, qui vient de l'excellent label anglais Azuli. Le reste n'est pas très mémorable. Mais ces 4 morceaux valent bien l'achat de la galette. Bon, pour les DJs le niveau sonore n'est pas très fort, et pour les autres je conseille le CD.
SVEN HANSEN-LØVE

LA COLLECTION (Fnac Music Dance Division/F) :
Le printemps n'a pas toujours que du bon. À peine traversées les intempéries hivernales (d'où le très cold Planet House EP de LAURENT GARNIER...), la Fnac ferme son jardin, nous privant ainsi de quelques floraisons essentielles au panorama house français. Avec cette Collection, étrangement déclinée en 2 supports (CD et vinyl) aux track listings différents, il s'agit de refléter amoureusement le meilleur du label cru 93. Et puisque rapport amoureux il y a (house music lovers...), on parlera ici surtout du CD1 et du vinyl A/B, passant ainsi sur les lives scabreux de Lunatic Legion, et la planète sexe de Garnier visitée par Sven "ET" Väth (à laquelle on aurait amplement préféré le Wake Up mixé Navarre...). Esquivé donc, pour finalement s'attarder sur le meilleur de la compil : les disques de Ludovic Navarre justement, ou le groove au meilleur d'un confort cotonneux et serein, mélodique et soyeux — MODUS VIVENDI, DEEPSIDE et surtout ST GERMAIN. Prelusion, Girlfriend, Alabama Blues, The First Time ou encore son mix d'Aurora Borealis, autant de perles enfilées ses derniers mois, dont les + belles restent celles partagées avec l'autre talent immense de Fnac : M. SHAZZ. Ensemble, c'est SOOFLE, peut-être le + beau disque de Fnac, et LN'S, certainement le + hot ! Restent aussi, toujours par SHAZZ, les doucereux quartiers d'ORANGE, les Lost Illusions et la tour Eiffel versant acide (Acid Eiffel avec Garnier). Une compilation nuancée donc (on trouve aussi ici la techno de SCAN X, malin pour les amateurs), à laquelle manquent quelques simples bien sûr, faute de place. Se procurer les 2 supports pour une vue d'ensemble + exhaustive de cette jolie vie du label Fnac. Et se rassurer : ce disque n'est qu'un au revoir. Heureusement ! Pour un adieu, on aurait exigé un volume 2.
PHILIPPE LAUGIER

DJ RALF & DJ COCCOLUTO "DJ On The Mix Vol.1" (Flying/I) :
Encore une de ces compilations mixées, qui conviennent parfaitement aux gens qui veulent le kit de la soirée réussie, ici clair de lune à Rimini avec 2 DJs italiens archi-garage et qui mènent leur petit-monde à un train cool. Bonne sélection de titres américains et italiens garage à mort, on y retrouve GEORGE MOREL, CAJMERE, Ralf Falcon, Roger Sanchez, Peter Daou et j'en passe, sans oublier 2 productions de Ralf et Coccoluto pour terminer leur prestation respective.

TECHNO AMBIENT PARTY (Fairway/F) :
La pochette est affreuse mais voici une des meilleures compils d'ambient que j'ai entendues, une des seules qui ne tombent pas dans la non-musique et les zigouigouis ennuyeux. Les morceaux sont coupés bien trop tôt dans la plupart des cas, mais Techno Ambient est une bonne introduction. Les morceaux sont plus ou moins connus mais offrent une variété d'artistes intéressants : Rising Sun de KEN ISHII (aussi sur R&S), RHYTHM IS RHYTHM alias Derrick May, SPACE TIME CONTINUUM, AMORPHOUS ANDROGYNOUS alias FUTURE SOUND OF LONDON... Allez-y, vous ne serez pas déçus du voyage.

MY PHILOSOPHY VOL. 2 BY DJ SONIC (Omnisonus/F) :
Le 2e volume de Sonic, choisi et mixé par le jeune DJ parisien en question, présente une sélection de morceaux plus ou moins intéressants. Pas moins de 7 productions françaises sur 16 morceaux, ce qui commence à faire pas mal et dont la qualité est variable et s'inscrit dans la suite logique des autres morceaux : même touche, même esprit de culture techno découvrant le groove. JÉRÔME PACMAN et JUNGLE JUICE sont a priori les valeurs les plus sûres de la sélection et montrent la voie aux autres. Quant aux morceaux étrangers, Winx de Josh Wink du label Sorted est le meilleur.
CHRISTOPHE VIX

DIY "Strictly 4 Groovers" (Strictly 4 Groovers-WARP/UK) :
The deeper you go, the deeper it gets !! The collective from Nottingham that is the groovier, softer and probably more melodic version of The SPIRAL TRIBE, has compiled for our pleasure some fabulous deep house. The CD has 9 tracks, that's 2 more than on vinyl. The sort of thing you would probably hear in Rimini with its sophisticated, sensual sound.

STRICTLY RHYTHM "The Second Album" (React/UK) :
This compilation contains 12 tracks, garage from the beginning almost to the very end, the last track being PHUTURE/Inside Out. There's DJ PIERRE under the alias AUDIO CLASH with a track called Live And Die. MARSHALL JEFFERSON and CE CE ROGERS have a track as well under the name MOOD LIFE, a great tune. Like the other Strictly Rhythm compilations, definitely worth buying.



ALBUMS

RELOAD "A Collection Of Short Stories" (Infonet/UK) :
RELOAD consists of Mark Pritchard and Tom Middleton who are based in Somerset. They've been working together since 1991 creating electronic atmospheres, probably the best way to describe this disc, each track having a story to go with it in the booklet that comes with the disc, a Collection Of Short Stories that Dominic Fripp describes as "soundtracks without films". Beautiful music that goes from industrial to ambient with amazing ease, holding a sound that stays consistently their own.
GEORGE ISSAKIDIS

JOEY NEGRO "Universe Of Love" (Z-Ten/UK) :
Old disco for a new world ! Jubilatoire ou fastidieux, tel est le problème que pose cet album lorsqu'on le découvre. Dave Lee explore et recrée de la pure disco américaine 78-79 (excellent cru !). Tous les ingrédients sont ainsi scrupuleusement recyclés, compilés, condensés, régénérés. Tout y est : les vocaux phily, les percussions, les syndrums, les chœurs féminins extatiques, le meilleur de Salsoul, de West End, un peu de Patrick Adams, de Dan Hartman et ainsi de suite... Malgré tout, le style JOEY NEGRO s'impose et c'est une performance car les emprunts sont un peu gros ; on espère le 2nd degré. Dans le cas de To Please You, incroyable copie de D-TRAIN, l'absence d'humour gâcherait le plaisir. Du 1er au dernier morceau, les citations abondent ; même les paroles vont au bout, 100 % disco dans les thèmes abordés. À noter la participation de légendes, les TRAMMPS et GWEN GUTHRIE (tellement samplée ailleurs !), le retour des basses slapées. Beaucoup de musiciens d'ailleurs sur l'album. Il est amusant de constater que le titre le + house et donc le + moderne est entièrement dû à Dave Lee, entièrement programmé ! On n'échappe pas non plus à l'exercice de style façon DEODATO, l'instrumental musique d'ambiance, rayon linge de maison, l'escalator est à droite merci... Après plusieurs écoutes, l'album est un réel plaisir et une totale réussite. Arriver à ce point à faire sonner les titres originaux comme des reprises et la reprise comme un nouveau titre prouve la science de JOEY NEGRO en matière de disco thang ! Et puis une telle déclaration d'amour à cette musique tant dénigrée ne peut que me réjouir. Si vous avez un ami trash, hardcore ou tout simplement rock de base, offrez-lui Universe Of Love pour avoir le disco plaisir de le voir se décomposer, imploser ou vomir, pendant que vous vous envolerez sur le Universe Theme, à cheval sur une boule à facettes disco laissant derrière vous une trainée de paillettes... Get up and dance !
PATRICK VIDAL

LA INDIA "Llegó" (Acid Jazz/UK) :
Son 1er album est un plaisir pour celui qui n'écoute pas de salsa et qui commence ses 1ers pas de meringue devant la glace du salon. La voix d'India est mieux qu'un Lexomil, je vous l'assure. Les chansons sont fraîches, comme Mi Primera Rhumba et Merengue Internacional. Le titre de Love And Happiness est déjà sur cet album, en 2 versions non-anglaises, Yemahá Y Ochún donc, et n'a rien à voir avec ce qui a en a été fait par la suite. À côté, Solitude est bon pour le coma, les veillées-pétard à feuilleter des magazines et à fixer le mur. Ici même se trouvent Little Louie Vega et Eddie Palmieri, encore un exemple de symbiose house et salsa... Mais où cela s'arrêtera-t-il ?
CHRISTOPHE VIX

UNDERWORLD "Dubnobasswithmyheadman" (Junior Boy's Own/UK) :
"The most adventurous incarnation of the indie-club-dub-dance crossover yet." La presse anglaise s'est soulevée à la sortie de cet album en un déferlement d'articles qui nous expliquent tous pourquoi DNBWMHM est le disque le + important de ce début d'année 94. Le groupe, c'est Karl Hyde et Rick Smith, tous 2 ex-membres du très bizarroïde FREUR des années 80, et le tout jeune DJ remixeur à la mode, Darren Emerson. Hétéroclite. La réputation se fait dès le 1er simple Mmm Skyscraper I Love You suivi de Cowgirl et Spikee ; et le mérite est acquis par des remix pour BJÖRK et ORBITAL. Efficace. C'est l'heure de la consécration : le trio crée le 1er manifeste de la progressive danse-pop.

THE BLACK DOG "Temple Of Transparent Balls" (General Production Recordings/UK) :
Techno hypercréative gorgée de soul aux tonalités "space-jazz", où groove mécanique et cordes sentimentales se mêlent dans le + pur des contrastes. Un chef-d'œuvre d'electronic listening music. Buy it ! 10/10.

ORIGINAL ROCKERS "Rockers To Rockers" (Different Drummer/UK) :
Transe (anglaise), dub (reggae), house, pop, tout s'assemble et ne se ressemble pas, et pour cause : nos rockers sont des originaux. Fusion accomplie. Love it ! 8/10.

SPEEDY J "Ginger" (Warp/UK) : (inédit)
SPEEDY J, j'avais laissé ce pseudo dans un coin de ma mémoire où demeuraient également 2 souvenirs extasiés : le techno-traumatisant Pullover, et un hymne parmi les + uplifting de tous les temps rave, Rise (1991). Je gardais aussi une sensation de contraste, l'impression que ce compositeur apparenté aux productions +8 pouvait nous emmener beaucoup + loin. Quelques années après, nous y voilà. Jochem Paap (laissons tomber le pseudo pour reconnaître son nom à l'artiste) fait son album, et quel album ! Album house. House d'auteur. Un nom, une musique. Expressive house. Musique qui parle. Musique que l'on voit. De la fluidité des nappes qui s'interpénètrent comme des voiles de plaisir aux percussions métalliques et raides. Du groove rayonnant d'un Beam Me Up ! au pathos céleste d'un De-Orbit, avec aussi quelque part dans l'espace de votre imagination un petit robot R2 D2 qui gazouille tranquillement, vous êtes dans le décor total du paysage qu'a voulu Jochem Paap. Moi j'aime SPEEDY J'aime SPEEDY J'aime SPEEDY J'aime SPEEDY J'aime...
SYLVAIN LEGRAND

SEEFEEL "Quique" (Too Pure/UK) : (inédit)
Bon, c'est vrai. SEEFEEL n'est pas vraiment un groupe house ni même techno. Ils ont les cheveux longs. Ils utilisent des guitares, une basse, une batterie et une chanteuse... heu... blanche. Si. Oui, mais : ils utilisent aussi ces nouvelles technologies que sont les échantillonneurs et les ordinateurs. Et l'usage qu'ils font de leurs instruments est pour le moins surprenant. Toute en ambiances, en demi-teintes, leur musique étonne... et charme. Guitares aériennes aux sonorités irréelles en boucles, percussions métalliques hypnotiques, basse dub apaisante : laissez-vous emporter dans un monde cotonneux aux frontières incertaines, quelque part entre MY BLOODY VALENTINE, MAD PROFESSOR et APHEX TWIN (le bougre ne s'y est d'ailleurs pas trompé puisqu'il a déjà remixé un de leurs précédents singles). Résolument tournée vers le futur, la musique de SEEFEEL dépasse toute classification et cherche avant tout à entraîner l'auditeur dans une spirale de sensations mal définies, entre bien-être et mélancolie, sensualité et vertige, rêve et réalité... SEEFEEL, le 1er ambient-techno band à guitares !

ONE DOVE "Morning Dove White" (Boys Own/UK) :
Retour attendu de ce trio écossais, qui, rappelez-vous, nous avaient émerveillés le temps d'un "simple de l'année 92" (pour la presse anglaise) dans le plus pur style indie/balearic. Pop délicieusement sucrée, voix féminine aérienne et suggestive, rythmiques dub langoureuses et chaloupées, dansant sans vraiment l'être... Tous ces éléments se retrouvent ici, sur un album aussi agréable à regarder qu'à écouter. À mi-chemin entre PRIMAL SCREAM et SAINT ETIENNE, l'effet de séduction est immédiat. Cependant, il possède cette qualité rare propre aux grands disques : il se bonifie avec le temps. Car on n'écoute pas ONE DOVE, on s'en imprègne. La production signée THE SABRES OF PARADISE fait des merveilles, et même si l'on dénote quelques tics, voire procédés, made in Weatherall, on ne peut que s'incliner devant la maîtrise du bonhomme à comprendre le style d'un groupe tout en se l'appropriant, tel un Phil Spector des années 90 : avec classe et humour. Sensuel et déroutant, câlin et troublant, Morning Dove White risque fort de devenir votre album de chevet lors de vos longues soirées cocooning d'un hiver qui s'annonce plutôt rude...

3MB Featuring MAGIC JUAN ATKINS (Tresor/D) :
Mon 1er est un groupe techno d'outre-Rhin, mon 2nd est un grand DJ/remixeur de Détroit, mon tout est un album 6 titres déroutant et cérébral qu'on pourrait qualifier de techno/jazz expérimental... Une collaboration étrange pour un résultat peu banal, riche et fouillé, mariant avec + ou - de bonheur des programmations plutôt froides et mélancoliques à une sensibilité + groove et sensuelle. Pas vraiment ambient (des rythmes trop rapides et violents), ni dansant non plus (atmosphères inquiétantes, breaks inattendus et complexes), un album qu'on écoutera de préférence chez soi, seul ou entre ami(e)s. Sa principale qualité étant que, soumis à une écoute attentive, il se révélera passionnant, mais pourra également parfaitement convenir comme fond sonore agréable pour vos dîners mondains (!)... De la musique ergonomique, quoi !

THE SABRES OF PARADISE "Sabresonic" (Sabres Of Paradise-Warp/UK) : (inédit)
Le label mythique d'Andrew Weatherall — Lord Sabre pour les intimes — après nous avoir abreuvés pendant plus d'1 an de simples étranges et stylés, sort cette fois son 1er album. Toujours en décalage par rapport au reste de la scène house/techno, Weatherall et sa troupe jouent à nouveau la carte de l'humour et de la classe. Pochette sanguinolente à l'esthétique corsaire, édition limitée en vinyl double maxi avec un 7" inédit de Smokebelch : Weatherall est resté un indie fan dans l'âme ! Rarement un label aura réussi à créer une telle cohérence entre toutes ses productions : de l'esprit techno/punk de départ au logo, des DJs invités pour son club en passant par ses flyers, de son fanzine Bastard Bunny aux T-shirts, l'esprit Sabres s'impose ! Esthétique satanico/SM, musique techno expérimentale surfant sur des ambiances plutôt sombres, une fois de plus, on ne pénètre pas facilement dans l'univers de Lord Sabre, même si, bien souvent, la récompense est à la hauteur de l'effort fourni. On esquissera tout de même un discret bâillement sur la face ambient/dub un peu plate et guère convaincante... Le reste étant plus que digne d'intérêt, voire (oserai-je ?)... Novateur, on applaudira des 2 mains la belle réussite qu'est Smokebelch I, avec sa grosse caisse étrange et merveilleuse et ses percussions délurées (olé)... Weatherall, le dernier techno-punk authentique !
SERGE NICOLAS

RHYTHM INVENTION : "Inventures In Wonderland" (Warp/UK) : (inédit)
RHYTHM INVENTION, comme Weatherall, viennent du rock (riff de guitare électro-électrique sur Tokyo). Et pour qu'il n'y ait pas pléonasme, ils se devaient d'être inventifs. C'est le cas notamment sur des morceaux comme Chronoclasm et The Mad Hi Hatter, où la structure des rythmiques est très novatrice. Pour le reste, on trouve sur ce LP des morceaux très house (Zero PSI et le dub de Fresh Momentum) et progressifs, souvent d'une grande efficacité neuro-dancefloor (le génial single Ad Infinitum et son successeur P/Natz). En résumé, un album qui offre sa version insulaire, parce que britannique, de la transe germanique, avec pas mal de groove et de pulse.

BASSHEADS : "C.O.D.E.S." (DeConstruction/UK) : (inédit)
Album décevant des BASSHEADS, comprenant 3 vieux simples (sur 9 titres, ça fait beaucoup) et le nouveau, Start A Brand New Life, qui n'a lui rien de bien nouveau. Ajouter à cela le comble de la facilité, un titre ambient de plus de 15 mn (C.O.D.E., et vas-y que j'comble, justement...) et des titres en pleine crise de non-innovation, les BASSHEADS, de l'écurie DeConstruction, feraient bien de la garder, la tête basse. PHILIPPE LAUGIER

BLACK TRAXX 5 "Soul Package" (Night-Club/US) : (inédit)
Comme mes oreilles apprécient lorsqu'elles entendent ces quelques mots chez mon disquaire favori : Black... Traxx... Five... En effet, on va pouvoir claquer des doigts à nouveau, ça va swinguer dans les chaumières aux dépens de mon cher voisin que je salue au passage, malgré sa cruelle insensibilité (ne sait-il pas qu'il n'y a pas d'heure pour la musique ?). Ces Américains Africains de Chicago (on ne dit plus noirs mais Américains Africains aux USA, N.D.A.) ont toujours attiré ma sympathie par leur amour du travail bien fait, leur sens du minimalisme soul. Le groove s'insère toujours dans chaque morceau, même le plus simpliste, le plus rythmique et basique. Les textes sont comme à chaque fois édifiants — je traduis s'il vous plaît les titres des morceaux : "La Fête", "C'est un bas monde", "Attrape-moi", "J'ai de l'âme", "Je suis ton Juggarman" (?), "Enfin libre", "Entrer dans ce groove". Bon, ça n'est peut-être pas aussi bien que les précédentes compilations, mais c'est quand même indispensable, du souriant Catch Me au swing de Get Into This Groove, à l'imbécillité jouissive de I've Got Soul, chaque morceau se consomme avec plaisir.
SVEN HANSEN-LØVE

RACHID TAHA (Barclay/F) :
Il y a des associations qui font mouche. Celle de RACHID TAHA et Steve Hillage par exemple. En 84, on dansait sur la Rhorhomanie extrait éponyme du 1er album de CARTE DE SEJOUR, l'ex-groupe de Rachid. En 94, on danse sur Voilà, voilà (tube européen) et Indie, extraits de son 1er album solo. Dans les 2 cas, la réalisation artistique est due à Steve Hillage. Cela prouve une grande continuité et intégrité dans leur démarche artistique. Bien sûr en 10 ans la danse a beaucoup évolué et progressé. Ça tombe bien, Steve Hillage aussi, qui entre temps a fondé SYSTEM 7 et est devenu une star de l'ambient house en Angleterre. Sa production soft et classieuse met parfaitement en valeur la musique et les chansons de RACHID TAHA sans jamais les noyer sous des tonnes d'effets inintéressants. Au final, on obtient un CD à écouter comme un disque d'ambient (chez soi, chill-out...), la substance en +. Le meilleur album français depuis pas mal de temps.

MURK "The Singles Collection" (Tribal America-I.R.S./US) :
Album-compilation des meilleurs simples écrits, produits et mixés par les MURK Boys (Ralph Falcon et Oscar Gaetan) et sortis sous différents pseudos (LIBERTY CITY/Some Lovin', FUNKY GREEN DOGS FROM OUTER SPACE/Reach For Me, CORAL WAY CHIEFS/Release Myself... ). Deep garage groovy et hypnotique. Indispensable.

MODEL 500 "Classics" (R&S/B) :
MODEL 500, c'est "Magic" Juan Atkins, créateur de la techno Détroit, et donc à l'origine de pas mal de choses... Né un an + tôt que ses camarades Derrick May et Kevin Saunderson, il est aussi le 1er à enregistrer, dès 81 avec CYBOTRON, des morceaux très influencés par KRAFTWERK, la scène électro new-yorkaise, et la TR808. Puis il ajoute une dose de funk à sa musique et enregistre en avril 85 ce qui sera la 1re sortie de son label Metroplex : No UFO's. On retrouve bien sûr ce titre ici avec 8 autres classiques de MODEL 500, dont certains remixés. 9 moments d'histoire qui font de ce CD un must.
WIDOWSKY



MAXIS :

RIVER OCEAN Featuring INDIA "Love And Happiness (Yemayá Y Ochún)" (Cooltempo/UK) :
Les versions courtes pourraient laisser croire à un hybride de garage et de jungle-kitsch en provenance d'une république bananière... Heureusement Tito and India collent le cul par terre tellement les autres disques usurpent le terme de tribal : Tito Puente lui-même déchaîne la danse (mais oui !) et c'est quand même autre chose qu'un guignol qui envoie une programmation au fond de sa guitoune. La Catherine Ringer de New York, qui collabore avec les MASTERS AT WORK et qui a fait un album solo de salsa (cf. chronique), et la légende vivante font plutôt bon ménage. Olé !

NATURE "Nature/Vagues" (Dark/UK) :
De Natura Rerum... Ainsi en est-il de ce double maxi qui diffère des productions françaises, dont l'auteur, Widowsky, a aussi la bonne idée de faire un journal (lequel ?). Ni techno-indie, ni hardcore, mais plutôt techno-soul comme il se définit lui-même, Nature et Vagues sont 2 morceaux qui hésitent entre la piste de danse et le comptoir. Les samples sont excellents, qui aurait osé mettre du Français au beau milieu d'un morceau, les voix d'une poésie et d'une sensualité un peu rare pour un continental, sans oublier la programmation. Il n'y pas de problème, ce disque fait déjà date dans l'hexagone et j'attends le suivant avec impatience.

Illico presto : (inédit)
Bientôt chez Play It Again Sam, SAINT-GERMAIN-EN-LAYE, que quelques chanceux auraient pu entendre s'ils avaient été à la soirée Act-Up au Rex en janvier, fusionne blues, dub et house à la manière de... Sinon les efforts conjugués de quelques labels et distributeurs ont engendré ces derniers temps des disques intéressants. FRENCH TRAX Vol I et AXIS de chez Peek-A-Boo se rapprochent d'une musique efficace en club ; house et soutenu ils ont le bon sens du rythme et la pêche. Toujours à Lille, BLUE PLANET CORPORATION/UFK, confirme l'émergence d'une scène musicale axée sur l'export mais sans calquer ce qui se fait de l'autre côté de la frontière. BRAINWASHER et OLIVIER LE CASTOR viennent de sortir chez Steep 2 House un maxi chacun. Le plus surprenant est sûrement Appel Tribal qui contraste avec l'image du DJ qu'est aussi Brainwasher, Full Moon Mix est la version la plus réussie.
CHRISTOPHE VIX

MOTORBASS "Trans-Phunk E.P." (Motorbass/F) :
Excellent 2e maxi pour MOTORBASS, à la fois groupe et label indé underground parisien. Le titre donne une assez bonne idée du contenu : une transe funky et groovy, en fait heureusement assez éloignée des tentatives nordiques de réconciliations de la musak et de la new wave avec la musique de danse. Les MOTORBASS n'hésitent pas à mettre des tonnes de percus, de la contrebasse (éblouissant Home), du piano, de l'orgue, du scratch, des samples de voix et un morceau hip hop (La Doctoresse). Tout ça les rapproche de New York, et d'une certaine house hip hop justement, à la TODD TERRY par exemple (évident sur le génial Flyin' Fingers). Mais quand on lit attentivement le rond central, on n'est plus étonné : Zdar, Boom Bass et Jimmy Jay crédités, le Posse 501 remercié ; ces gens officient derrière MC SOLAAR, notre rappeur préféré. Il ne pouvait pas y avoir de faute de groove...

SOUL VISION Feat. TIA "Love And Devotion" (Zippy-Azuli/UK) :
Maxi fait par 2 Italiens sur leur propre label, sous contrat de promo et de distrib avec le label anglais bien connu Azuli. La face A est garage chanté, avec une Club Version la + efficace avec son orgue-basse dans l'esprit ROBIN S/Show Me Love, suivie d'un Soul Mix aux harmonies très italiennes. La face B est + instrumentale. Elle commence par la Prince Version, la + belle et la + deep du disque, suivie par le Progressive Mix de rigueur, et sans intérêt.

MOOD 2 CREATE "EP" (UMM/I) :
Maxi 4 titres, œuvre de Enrico Mantini et Pietro "Picchio" De Rosa. Swingdeep ultra-minimaliste, avec un son grave, agressif, difficile. Musique qui oscille sans cesse entre exaltation et ennui, entre absence de compromis et fumisterie. Très vite, les deux 1ers morceaux de chaque face se détachent : Tell Me avec ses échantillons vocaux pris sur l'A Capella Mix de WHITNEY HOUSTON/I'm Every Woman, et surtout State Of Trance tout en hypnose deep avec la rythmique la + classe de l'automne et quelque passages à la JAYDEE/Plastic Dreams, sans l'aspect ennuyeux.

NOTTAMBULA "Sea EP" (UMM/I) :
4 morceaux, 5 mix. Gagne haut la main le concours des cymbales charleston les + saturées du mois. Toujours de la deep très minimale bien dans l'esprit UMM. Un rythme qui déménage mis en avant, une ligne de basse, un sample vocal et au bout de 2 mn, quelques accords. C'est facile à faire et ça se vend autant que quand c'est + travaillé. Il y a quelques bonnes idées, mais pourquoi en être si économe ? Sortent quand même du lot la Underghost Version de Reef, pour son côté tribal, et Jumping On Me, qui contient un peu + de musique que les autres.

ENRICO MANTINI Presents "The Device EP" (UMM/I) :
On retrouve Enrico Mantini, cette fois en solo, pour grosso modo la même musique que sur le MOOD 2 CREATE, en peut-être + influencée par Nervous. Sur les 5 titres, Got Your Luv, le 1er de la face B, est le + convaincant avec son orgue en accord qui tourne et fait monter.

BLAST Featuring V.D.C. "Take You Right" (UMM/I) :
V.D.C. est un chanteur remarquable et fait tout l'intérêt de ce titre garage, décliné ici en 4 mix. Mon préféré est le Vocal Dub Mix, mais je ne puis m'empêcher de penser à la bombe qu'on aurait obtenu en réunissant tous les bons trucs de chaque version ; parce que là, ce disque est un poil chiant quand même!

VALEZ "Insanity (The Essence)" (UMM/I) :
Je vous explique : toute cette intro parlée, les "insanity" et autres "this is the warning" sont les mêmes que, justement, The Warning par LOGIC, sorti sur Strictly Rhythm il y a déjà pas mal de temps. Impossible de ne pas penser à l'illustre original et de ne pas trouver cet Insanity bien fade en comparaison (même si le Percussion Dub, 2e mix de la face A, s'en tire mieux que les 3 autres). C'est sur la face B que ça se gâte vraiment, avec d'abord la Peak Version (qui n'a d'ailleurs strictement rien à voir avec les autres), espèce de transe à l'allemande, dégoulinante de synthés bien pompiers, et qui fait successivement penser à Midnight Express, Miami Vice, JEAN-MICHEL JARRE ou encore RUSH (vous savez, ce groupe canadien de hard/jazz rock... Quoique tout compte fait, RUSH c'est bien mieux que ça !). Mais après tout, ce que je décris là, c'est une certaine musique très en vogue actuellement et qui infeste malheureusement nos pistes de danse. Quand la beauferie envahit la house... Enfin en 2e version de face B, Franz C. (qui ?) remixe Insanity et nous emmerde pendant 6'31 avec du vide.

C3 "Night Tribes" (Global Vision/UK) :
Night Tribes a été fait à Rome et sort sur Global Vision, un label de la filiale londonienne de Flying Naples (vous me suivez ?). 4 mix pour ce morceau construit autour d'échantillons de voix de UR Feat. YOLANDA/Living 4 The Nite ; tous très swing et avec beaucoup d'orgue. Mon préféré est le Radio Mix (6'43 de long quand même) car + deep que les autres.

SYNTHESIS "Desire" (Global Vision/UK) :
Il semble que c'est + ou - la même équipe que celle de C3. Desire est proposé en 3 versions dont le très efficace Seedy Mix, de style softcore techno. En prime Trancid, morceau transe insignifiant.

SURE IS PURE "One Drop Of Rain" (Vinyl Solution/UK) :
SURE IS PURE s'est d'abord fait connaître par ses remix de MONIE LOVE, SISTER SLEDGE, GABRIELLE, ... Le groupe sort maintenant ses propres compositions qui mélangent avec bonheur différents styles de house, du + deep au + pop. One Drop Of Rain est génial et le meilleur mix, le Kodacolor Dream Fix, est parcouru d'effets de roulements de voix et de percus. La chanteuse invitée sur ce titre a une voix blanche et éthérée, ambiance qui rappelle la grande époque de CANDY FLIP, groupe indie-dance injustement sous-estimé dont est issu Kelvin Andrews et Danny Spencer, le noyau dur de SURE IS PURE. En face B, le remix swing par Victor Simonelli n'apporte pas grand-chose; à la différence du bonus, Surfer (Little Deuce Dub), instru + expérimental et super efficace.

GROOVE COMMITTEE "You Need Someone" (Vinyl Solution/UK) :
On retrouve Victor Simonelli avec son GROOVE COMMITTE (quelques disques sur Nu Groove), en équipe avec Glenn "Sweet G" Toby pour un tube garage. La chanteuse est excellente (mais qui est-elle ?) et + on écoute ce titre, plus on l'aime. Le Groove Committee Dub en face B est tout aussi fort, d'inspiration + disco. Et le mieux, c'est qu'on a aussi droit à l'a cappella: nourriture pour nos échantillonneurs...

D-TEK "Drop The Rock" (white Positiva/UK) :
La face A est une vraie bombe. Grosse caisse bien en avant, tonnes de percus, de pêches, de cordes, bref tout ce qu'il faut en ce moment, plus la ligne de basse qui tue, certes intégralement samplée sur FALLOUT/The Morning After (un classique deep/ambient de Lenny Dee et Tommy Musto sorti en 88 sur Fourth Floor). À la 3e minute, quand le morceau se barre techno, on est carrément satellisé. Du coup le mix de face B, sans la fameuse basse, est fade et on s'endort en l'écoutant.

WALL OF SOUND Featuring GERALD LETHAN "Critical (If You Only Knew)" (Positiva/UK) :
Voilà un superbe titre garage sorti d'abord sur Eight Ball à New York et qu'on beaucoup a entendu cet été à Ibiza. Bien sûr les Anglais ont voulu le sortir et c'est Positiva, sous-label de EMI, qui a obtenu la licence. Comme la masse du public britannique est en ce moment moins sensible aux subtilités soul et funk de la musique noire américaine, il fallait remixer. Ainsi, Power Circle retire le groove et les beaux accords originels et les remplace par des séquences ineptes de synthés à 3 F, pour faire transe. Par contre Solitaire Gee, sans doute + cultivé, s'en tire très bien sûr son Pumped Up Dub qui mélange progressive et néo-disco. On a quand même droit à 2 excellentes versions du pressage américain : le classique Club Mix et l'hypnotique Mood II Swing Slammin Dub.
WIDOWSKY "Le corps, le cœur et l'esprit..."

JOHNNY VICIOUS Featuring LOLEATTA HOLLOWAY "Stand Up" (Vicious Muzik/US) :
"LE" disque déjà culte et bientôt "LA" référence. Ce disque est + soul, + deep, + transe, + trash que n'importe quel autre ; il est excessif, qualité rare en ce moment. Il symbolise à lui seul la house américaine, et la house en général. Minimaliste répétitif groovy brut. Basse, drums, orgue tourbillonnant et Loleatta Holloway hurlant durant les 10 mn. La quintessence de la soul, où comment à partir de l'expression pure (la performance vocale de Loleatta samplée, retravaillée et reconstruite). Johnny Vicious parvient à créer un brûlot neuf et spontané qui frôle l'hystérie. À écouter d'urgence le Stand Up And Clap Yo Hands 10 Minute NRG Mix qui renvoie tous les exercices laborieux de progressive au placard et les jam-&-spooneries là où elles auraient dû rester, c'est-à-dire dans la musique d'ambiance 3e âge entre Jarre et Clayderman. Pur underground new-yorkais avec le X de Junior Vasquez, la house US revient au 1er plan pour convaincre les + sceptiques. Trouvez-le, achetez-le, usez-le, ce disque est vital.
PATRICK VIDAL

PENTATONIK "Autonomous : Series One", "Re-solution : Series One" (Kudos/UK) :
Paysages bucoliques, époque médiévale, musique de l'aube, voilà pour les concepts. Rythmiques électro, violons languissants, chant des fantômes, voilà pour la musique. PENTATONIK (aka Sim Bowring) compose sa techno en compagnie des elfes et des sylvains. Étrange. À découvrir.

QUAZAR "Unity" (Seven Stars/N) :
Que sont nos Bataves QUAZAR devenus ? Pas grand-chose à en juger par ce single insipide. Moins inspirés que jamais, ces Hollandais autrefois à l'avant-garde d'une des scènes les plus authentiques d'Europe, proposent ici leur conception de l'euro-dance-prout-pop-house music. Décevant.

DAVE ANGEL "New Orchestrations EP" (Fnac/F) : (inédit)
On ne peut plus dire que la Fnac c'est du 100 % français. Maintenant il y a DAVE ANGEL chez Fnac Music Dance Division, DJ anglais et 1er étranger à être licencié "4 the world" (s'il vous plaît !) par Éric Morand. Et pour cause, c'est un son très Fnac que voilà. Ce joli CD (pas par la jaquette) et véritable EP, contient 4 titres de house deep et souple, sans montée, avec juste ce qu'il faut de mood pour susciter l'émotion. Un genre traité ici sans surprise et où l'on peut parfois regretter l'absence de relief. Une musique pas vraiment clubesque à consommer la moule à l'air, les doigts de pieds en éventail, dans la nature.

ST GERMAIN "Motherland EP" (Fnac/F) :
2e EP sorti sous le pseudo ST GERMAIN pour Ludovic Navarre, Motherland EP est un véritable travail de figures musicales imposées. 3 titres pour 3 exercices de style qu'il va falloir exécuter deep : blues, jazz, salsa. Voilà une démarche intéressante et louable mais jusqu'à un certain point. Les titres Alabama Blues, Live Jazz et Soul Salsa Soul où s'insinuent subtilement ces influences très roots gagnent beaucoup en originalité, mais au-delà de la fusion parfaitement réalisée et du groove omniprésent, il manque l'ingrédient créatif, le truc en +, l'élément floorfiller. De plus, la jaquette est laide — n'en déplaise à MOBY qui trouve le graphisme des pochettes Fnac en général "très stylé" —. Celle-ci aurait été parfaite pour un duo MICHEL JONASZ/CATHERINE LARA !!

LN'S "Inferno EP" (Fnac/F) :
LN'S, c'est Ludovic Navarre et SHAZZ fourvoyés disco revival. Et une corde de plus à l'arc déjà bien bandé de Fnac Dance, une ! Pas très original vu le flot de productions du même genre amorcé il y a déjà pas mal de temps par des groupes comme X-PRESS 2. Mais efficace comme l'excellent Good For Me/No Good For Me que l'on retrouve ici sur CDM dans sa version originale ; mais aussi décliné en un long bâillement 303 sec et masturbatoire d'où rien ne gicle — cela n'est ni sensuel, ni planant, ni technique, ni rien du tout (yaun...). L'autre titre, Disco Inferno, remue bien du balcon avec ses petits cris de violon et sa guitare funk ; mais un doute m'envahit quant à la 2e version un peu trop wild-pitchée : pompage ou hommage à DJ PIERRE ? À chacun de se définir une déontologie. Sinon, la pochette est vulgue à souhait (doudounes holographiques et petites fleurs numériques).

ALASKA "Lost In Alaska" (Fnac/F) :
Il fait froid dans ce disque. Imaginons Laurent Garnier paumé au milieu d'un nulle part polaire sa TB-303 sous le bras. Et pour se réchauffer le bout des doigts, il triture inlassablement les boutons de sa machine. Il se sent seul, lui et sa rhythm box. Alors il va essayer de créer pour laisser une trace parmi les éléments. L'engin se met à couiner poussivement en une longue complainte de 7'18 et après 2 autres explorations pathétiques, son petit corps électronique se refroidit à jamais. Quand la house nous raconte de belles histoires...
SYLVAIN LEGRAND

WAXWORX "The Follow Up EP" (Toronto Underground/C) :
Nouveau simple d'Érik Rug made in Paris et for Toronto, + ricain que latin, et surtout + Miami que Détroit. De l'envoûtant et hypnotique Do Me, très MURK, en passant par le sound-factoriesque I've Got It (Don't Stop It), aux réminiscences DJ PIERRE, cet EP 4 titres est un pur régal de grooves conjugués hard deep et hard garage. Rythmiques soignées (et compliquées), mélodies savoureuses, échantillons typhons et basses lourdes, les 4 titres, underground de l'U au D, ont tous un son nouveau et totalement personnel. Récemment compilé pour son précédent EP sur la compil annuelle d'Hi Bias au Canada, Érik Rug se retrouve également aujourd'hui sur une compil de Miami, toujours pour le Wax My Trax EP sorti il y a quelques mois. Une consécration en quelque sorte. Avec Don't You Leave sur le nouvel opus, ce DJ décidément talentueux offre à la house le meilleur d'un groove funky disco irradié de samples ravageurs. Subli-mystique.

DEEP CONTEST "The Ripost EP" (Fnac/F) :
On peut reprocher à ce DEEP CONTEST, alias Ludovic Navarre et DJ Deep, de ressembler de très (trop ?) près à du DJ PIERRE. Mais lorsque la simple copie devient un véritable hommage, cela donne Underground Lifestyle, un titre personnel sur lequel Deep himself pose un phrasé explicite (I always wake up with that sound in my head, I can't escape) et surtout le sublime Sunday Morning, véritable sas sensoriel. Un petit bijou de mélancolie électronique, isolant parce qu'isolé.

ORANGE "Quarter EP" (Fnac/F) :
Le + beau maxi de chez Fnac Music en ce moment, composé par SHAZZ avec Ludovic Navarre en co-réalisation et co-mixage sur certains titres. Enfin de l'ambient-deep, avec accords jazzy (La Couleur), pianos diffus et lointains, envoûtants sur La Pulpe. On trouve même dans cette couleur orange et ses dégradés fruités des réminiscences de soul (Le Fruit) et d'acid jazz (Le Pépin), et de façon générale, une nostalgie suave et bienheureuse que l'on promènerait par un matin d'hiver ensoleillé dans les rues du vieux Paris. Baladeur oblige !

SCREEN II "Hey Mr DJ" (Cleveland City/UK) : (inédit)
Après l'énorme tube que fût Bline, le label Cleveland City a dû être bien hésitant quant au simple suivant à sortir. Avec SCREEN II, sorte de plaidoyer aux DJs, style Last Night A DJ Saved My Life version 93, c'est gagné d'avance. Excellent groove, excellents gimmicks, excellents échantillons : excellent disque.

SHADES OF RHYTHM : "Sound Of Eden/Sweet Sensation" (ZTT) : (inédit)
Ce disque sentait l'arnaque à plein pot (la ressortie de brûlants succès de SOR après de cuisants échecs), et pourtant le choix judicieux des remixeurs fait toute la différence, par exemple, avec les remix pas terribles de FRANKIE GOES TO HOLLYWOOD/Relax par JAM & SPOON sur le même label. À l'ombre des SHADES OF RHYTHM donc, près de 24 mn de bonheur signé JOEY NEGRO puis COCO STEEL AND LOVEBOMB. Le mix d'X-PRESS 2 est pas mal non plus, même si amplement inférieur à leurs propres productions (le nouveau et génial single Say What).

APPLE Feat. MARVIN SPRINGER : "Believe" (Ninja Tune/UK) :
Les COLDCUT ont classé pas moins de 10 simples house dans les charts depuis 88. Outre le nouvel album Philosophy, très acid jazz et soul, les deux DJs du groupe sont aussi les fondateurs du label Ninja Tune, dont APPLE est un bien bel ambassadeur. Ambiance plus jazzy house qu'acid jazz avec Marvin Springer en crooner classieux (Opus 1 & 2) et sérénité éthérée sur le mix instrumental Me 2, la perle du disque. Instant de grâce chez les tortues ninja ; pour une fois...

MEN OF FAITH "Dance" (Slip'n'Slide/UK) :
Sur le très bon label Slip'n'Slide, un des titres progressifs forts du moment par MEN OF FAITH, produit par BOOMSHANKA. Assaut de guitares électriques, sample/break revigorant (Dance !!!), crescendo acid au final, et un titre qui ressemble à du Wonka made in UK en face B. Avis aux amateurs.

UNCANNY ALLIANCE "I'm Beautiful Dammit" (A&M/US), THE MESSENGER "Guide My Soul" (Nervous/US) :
Les 2 disques garage-house les plus novateurs du moment. Le 1er pour son mix de DJ EFX (qui depuis quelque temps restructure les grooves new-yorkais façon transe) et ses échantillons vocaux drôlissimes (sur l'excellent 3rd Floor's Vox Mix) style "let me start loving myself". C'est UNCANNY ALLIANCE et on leur doit le tubesque I've Got My Education. Nervous au meilleur de sa forme... Le 2nd (le classieux THE MESSENGER) est une référence et un modèle de garage soul quasi instrumental, avec des rythmiques compressées et ultra syncopées, des orgues hypnotiques auxquels se superposent des voix dub sonores. Un must.

TONY DI BART "The Real Thing" (Cleveland City Blues/UK) : (inédit)
Cleveland City vient de s'enrichir d'un sous-label blues ! Et c'est une excellente nouvelle. Le 1er opus est simplement magnifique (The Real Thing), avec un Dance Mix très Giorgio Moroder, et un autre Underground signé Rhyme Time très joliment efficace. Perle.
PHILIPPE LAUGIER

BARBARA TUCKER "Beautiful People" (Positiva/UK) :
Oui ! Voilà un excellent titre pour un morceau de garage, il nous flatte les frizouilles, déjà cool. Mais approfondissons Barbara Tucker ; qui c'est celle-là ? Encore une pseudo-diva couinante, interchangeable ? Je le dis tout de suite : non, elle, c'est la madone qui chante sur Deep Inside de l'ami Vega, depuis tube inter-supra-planétaire, aussi depuis ultra-super-remixé (à ce propos signalons sur UMM la version quasi-techno par les MAW, électrique et géniale). Déjà tous les grands ont adopté Beautiful People : Morales et Montanari l'ont passée au Queen et whoops, ça a défrisé la faune de gays, friqués, poulpes, et mélomanes. Donc on retrouve "deep, deep inside, deep..." (je m'arrête : tout le monde connaît) mais ce qui est original, c'est que Vega a rajouté une chanson par-dessus, chic non ? Ça rigole pas du tout, à la 1re écoute on voit tout de suite que c'est du garage qui plaisante pas, du réveille-voisin très efficace, du déflore-platine, de l'hystérie en galette, digne des meilleurs moments du Sound Factory. Quand à la musicalité, parlons-en, les mélodies moelleuses s'enchaînent et ne se ressemblent pas. Inutile de dire que les autres mix (Commission, C.J. Mackintosh) tombent à plat. Bref, une éclaircie dans notre grisaille quotidienne.

JANET JACKSON "Because Of Love" (Virgin/UK) :
À peine remise du scandale attaché à son nom récemment à cause de la momie qui lui sert de frère, la voilà qui chantonne sur quelques LP pour le plus grand plaisir de MTV qui va pouvoir agrandir sa riche collection de 5 clips à diffuser en continu pour tout le mois. Mais cela ne nous concernerait pas beaucoup (encore que l'on serait sûrement stupéfait de voir le nombre d'entre nous qui passons des heures considérables devant Music-Stupid-Television) si Knuckles, j'ai nommé oui le godfather de la house, ne l'avait remixé avec Morales. On voit bien le rôle des 2 dans le remix : les mélodies, les astuces sonores, la chaleur, le sample (simplissime mais bonasse "love"), pour Frankie, les sons lourds, froids, poisseux, pour Morales. Mais au résultat c'est bien, justement, et cela résume avec brio une tendance du moment, piano, mélodies, shake avec un peu de sons technoïdes. Knuckles, on aimerait le voir sortir des disques + souvent, et puis signés par lui-même, qu'est-ce qu'il fabrique ? Il doit se perdre dans la récente crise que subit la house aux USA où les clubs sont envahis par le hip hop. Heureusement qu'il y a le Sound Factory, heureusement qu'il y a New York, terre d'asile pour la house.

DISCO ELEMENTS "Volume Three" (Azuli/UK) :
On va pas s'éterniser sur ce maxi : c'est bien mais le temps presse. Girl I'm A Free Man : voilà un beau morceau, où on n'a pas l'impression que les samples ont été rajoutés (et que cela pourrait être n'importe quels autres). C'est de la house simple et mélodique, bref une bonne galette. Prod efficace, ce n'est certainement pas mon compagnon d'étage qui vous dira le contraire. Smile ! This is Azuli Records.

SMOOTH TOUCH "House Of Love (In My House)" (Stricly Rhythm/US) :
Le morceau le + débile et le + puant de l'année 93. Il fallait le dire !

LUNATIC ASYLUM "A.L.S.O." (Fnac/F) :
Super l'ambiance jeux vidéo ! Sons intergalactiques, mix cosmiques, techno dans l'espace, bleeps saturniens, nappes de synthé "On a marché sur la lune". Une vraie musique de générique de dessin animé... disons années 80, Albator. Non, sérieusement, lâchez l'affaire. Les Anglais doivent vraiment se marrer : "oh yeah french house... very funny". Le genre de disques qui finissent dans les bacs des boutiques indies. Heureusement il y a la face B, Exodus où on trouve enfin un peu de 2nd degré, en un mot c'est rigolo — un vrai morceau de happy transe. J'adore l'évolution de la mélodie très jardin d'enfant, Beethoven découvre le Bontempi, Roger Rabbit fait de la house, techno pour boums. On dirait du Éric Nouhan bien speedé. En tout cas, un point pour Fnac Music avec ce morceau. Mais pourquoi ne pas l'avoir mis sur la face A, au lieu du lourdaud The Meltdown ?

DEGENERATION "Una Musica senza ritmo" (R&S/B) :
C'est la réédition d'un morceau sortit sur le label Flying Records, label italien enchanteur soit dit en passant. Les Belges ont dû y voir quelques points communs avec les meilleurs hits de R&S pour le ressortir sur leur label, comme DJ HELL ou Stella. On le retrouvera certainement sur la prochaine compil In Order To Dance. Le morceau a littéralement explosé au Dance Europe Weekender où DJ Ralph l'a passé 3 fois... en une heure. Après ça a été encombrement, collisions & embouteillages aux platines pour voir ce que c'était. On ressent une influence sueño-latinesque, stellesque tendance... disons emphatique assez kitsch (guitare acoustique, piano, sample sans nuance). La mélodie est assez sympa avec un subtil mélange de gaîté et de mélancolie. C'est italien dans l'âme : un beat house ou si l'on veut plutôt techno lente soutient des nappes sirupeuses qui ne vous lâchent plus la grappe. Le genre de disques qui s'apprécie vraiment sur une piste.

KATHY BROWN "Can't Play Around" (Cutting/US) : (inédit)
C'est au départ un morceau de facture assez classique, belle voix, beau piano, mais garage sans grande envergure. Seulement voilà : nos 2 amis portoricains Kenny et Louie sont passés par là, avec l'inévitable petit mix dub. Alors tout New York s'éveille comme si King Kong était revenu. Hot FM en haut de l'Empire State Building est paralysée, les clubs sont bondés, la circulation bouchée, le fantôme du Paradise Garage resurgit sous les yeux effarés des nightclubbers, Roger S. se réveille au milieu de la nuit, David Morales avale son chewing-gum, Jay Williams se coupe en se rasant. L'électricité passe partout, tout le monde se met à chanter "Can't play around... Got to get serious", texte d'une effrayante simpli-lucidité. Ce mix est du tonnerre, plusieurs mélodies s'entrechoquent, on passe de l'orgue ouaté à la voix hurlante de Kathy Brown, un dub mystique, original, nerveux, ésotérique : une merveille.

THE FOUNDATION "Rejoice" (One/US) :
Jay Williams, compositeur-interprète, après avoir pansé des blessures dues à un rasage difficile (voir chronique sur KATHY BROWN, N.D.A.) et bipé Roger S. dans sa limousine, s'est rendu dare-dare au studio où il a réveillé tout le monde avec des bons coups de pied. Quelques jours et nuits blanches après, les usines pressaient le nouveau maxi The Foundation et DJs en quête de nouveautés accouraient déjà aux usines pour recueillir les disques encore tout chauds et tout neufs. Évidemment, faute de temps, il a plutôt opéré dans le domaine du classicisme, mais classicisme luxuriant à souhait, un garage haut perché, du style piano, voix de loups, music for nice people. Luxure donc, puis sur l'autre face, un peu plus de beat et de deep feelings avec Roger S. encore mal remis de sa dernière insomnie. Les 2 compères ont encore réussi à se rendre essentiels.

SOUL BEATS 2 "2 Sweat Doctors" (Simply Soul/US) : (inédit)
Terrence T.P. Parker aime la soul qui aime Terrence T.P. Parker qui aime le garage qui aime le label Simply Soul qui aime Détroit et la house music qui aiment les mélodies et les grosses basses en boucle qui aiment les rythmiques efficaces et les samples de voix cassées qui adorent la structure évolutive des morceaux et les pianos tristes qui aiment les clubs all over the world qui aiment les nice people qui aiment les orgues rigolos et l'humour de Terrence T.P. Parker qui aime les magasins de disques qui aiment le bon client que je suis qui aime ces 4 morceaux qui aiment mon voisin qui lui, décidément, ne les aiment pas.

GALAXY 2 GALAXY (UR/US) :
Nous étions depuis un certain temps sans nouvelles du techno-terroriste Mad Mike ; il revient avec 2 nouvelles galettes dans la lignée de ce que l'on préfère chez Underground Resistance : après NATION 2 NATION, 1er choc (techno+harmonies+jazz), puis WORLD 2 WORLD (plaçant la barre de + en + haut, quitte à bousculer nos tympans déjà déconcertés), voilà GALAXY 2 GALAXY, double maxi étiqueté futur classique. Il comprend : un hommage à Bruce Lee avec la participation de Juan Atkins dans la lignée de ses travaux habituels, un morceau de techno indienne, Astral-Apache, quelques morceaux space mélodiques, un morceau ambient, et surtout Hi-Tech Jazz, un langoureux jazz de martiens aux harmonies subtiles et innovatrices. Mad Mike exprime clairement ses intentions, faire de la techno un art avec un grand A, envers et contre tous. We will follow you anywhere. Voilà un bonhomme qui croit dur en ce qu'il fait, pour notre plus grand plaisir.

VICTORIA "Party" (Ultra Vibe/US) :
Qui c'est ceux-là d'abord ? Il y a un nom sur chaque face alors comment savoir le nom du maxi ? ASIAH ou VICTORIA ? Et puis alors, sympa pour les DJs ; c'est vraiment dur à mixer — par exemple Party (East-side Mix), un peu de beat de temps en temps, et I Wanna Dance, vraiment rude à mélanger avec autre chose. 4 morceaux (2 mix x2) avec toujours une petite touche dark et on a fait le tour de la deep house comme ça, hop ! Ils nous assènent d'excellentes mélodies, on ne peut plus naturellement et discrètement. Pas de nom connu sur le maxi, tout ce que l'on sait c'est que cela vient de NY, pour changer. Ce centralisme commence à devenir agaçant.

K.C.Y.C. "Side By Side" (Strictly Rhythm/US) :
Le nouveau Kerry Chandler arrive tout frais tout chaud pour nos mange-disques. Pas d'erreur, c'est bien du garage. Une face chantée avec I'm Not Dreaming et la voix suave de Chevelle — quelques minutes et on fredonne la mélodie. Il n'y a pas à chercher d'originalité, mais plutôt de la qualité. Sur l'autre face un Side By Side instrumental avec un son de clavier en vogue ces temps-ci qui nous plonge dans une ambiance mélancolique très charmante : c'est comme ça qu'on aime le garage, légèrement ténébreux, fin, avec des rythmiques qui claquent. Si tous les Strictly Rhythm étaient comme celui-là... Le label ferait de l'ombre à tout le monde. Mais Kerry et son copain Yahys sont un peu uniques en leur genre.

SLO MOSHUN "Bells Of N.Y." (Six6/UK) :
Everybody knows, this is the hit of the moment/a chart-blockbuster/a Jurassic record : when the hype do the bop, when the house do the hip, when the shit goes down, my neighbour goes up, hip-hop at his top, house as a tip = thanks god, it's only Ed "chunk" Rodriguez and Anthony "Monty" Montana, alias funky stupidos ALTERN 8/french kiss + loaded wild child style = money, house, business, success but naturally it couldn't be from the States/UK only sense of humour !
SVEN HANSEN-LØVE

RELOAD "Auto Reload EP : Volume 2" (Infonet/UK) :
This EP is a treasure in the electronic listening music genre ; 5 tracks of which Le Soleil et La Mer is the only track from their full length LP in its original form as well as remixed by BLACK DOG which was a difficult task on their part, Le Soleil et La Mer being one of the best tracks of the LP. RELOAD, who work under the names of Global Communications and MYSTIC INSTITUTE, remixed what I feel is the best track on the EP, Biosphere : there's a 303 sequence at the end that's powerful yet perfect for such a delicate composition.

MARSHALL JEFFERSON "Move Your Body ('93 Trance Mixes)" (Essential Dance Music) :
I don't know why MARSHALL JEFFERSON would want to remix what was probably one of '86-'87's most inspiring and simply perfect tunes. Nonetheless, the first of the three is good, upbeat mix and the third is minimal and trancy. Worth a listen for Jefferson fans but not necessarily worth buying.

THE FUTURE SOUND OF LONDON "Cascade" (Virgin/UK), AMORPHOUS ANDROGYNOUS "Tales Of Ephidrina" (Quigley/UK) :
Cascade est extrait du prochain album de THE FUTURE SOUND OF LONDON qui sortira sans doute au mois d'avril, double album déjà prêt ; mais ils attendent de finir les visuels (pochette et vidéo) qui vont avec avant de le sortir. Ayant été chassé par tous les autres grands labels, ils ont signé avec Virgin pour une grosse somme. Sony leur a fourni le matériel informatique pour faire les visuels qui vont de nouveau révolutionner les vidéos house. En 5 parties avec un Short Form, il n'y a pas de vrai dance track mais plutôt de l'ambient pour tous les états d'âme. Résultat : une musique fidèle à leur passé mais toujours renouvelée. AMORPHOUS ANDROGYNOUS est F.S.O.L. sous un autre nom. Album avec 8 morceaux, ici par contre des dance tracks du début jusqu'à la fin sans coupures entre les morceaux. Ça monte et ça descend, une musique dub qu'on aime un peu plus à chaque fois qu'on la passe. Il faut l'acheter.

THE SABRES OF PARADISE "Smokebelch II" (Sabres Of Paradise/UK) :
3 plages. Smokebelch II en 2 versions dont un remix par David Holmes, morceau écrit par Lamont Booker et non par The Sabres. Après avoir été bouleversé par POLYGON WINDOW, Andrew Weatherall nage en plein dans le dub. Tous les mix sont très mélodiques, le David Holmes Remix passant par l'acid avec des rythmes qui te lâchent pas. Could be house anthem ? Il y a aussi un Flute Mix de Smokebelch I.
GEORGE ISSAKIDIS

MATT WOOD "What Am I Gonna Do With You" (Tribal America/US) :
Piano, guitare, baby sweet baby, qu'est ce que je vais faire ? Danser patate. No more covers criaient les Anglais l'hiver dernier. Le producteur de TAYLOR DAYNE (I just can't get...) n'avait pas compris ce cri, et avait lancé la mignonne (et son talent) dans une sombre Moulinette à remixes. MATT WOOD, son manager Teddy Esposito, son producteur remixeur "Balo" Guzman, en vrais enfants de la disco, se moquent des conventions mais savent préparer les desserts. BARRY WHITE is a king ; ils lui rendent très brillamment hommage. Sugar rush ? Vous avez besoin de ce disque. Bientôt en tube sur toutes les radios et dans tous les bons charts.

THE GIRL ! "Fixed Up" (Eight Ball/US) :
Ce truc colle à New York comme en leur temps Gipsy Woman ou Bad Mood. Le son juste pour les parties de la rentrée, des paroles décrivant d'une manière sèche un aspect commun de la vie du clubber. Après avoir repris en cœur "elle est sans abris", "tu me mets de mauvais poil", le refrain du moment chante donc "si ta mère pouvait te voir." Il s'agit là de cloper, de boire et/ou de se trimbaler avec un maquillage et des vêtements exagérés. Il s'agit là de danser. Comme pour dire à son mec (sa nana, sa mère) "je sais que j'ai l'air déglingué à tes yeux et même si (puisque) tu me fous dehors, je continue." La vidéo complète brillamment le morceau. Une cigarette jetée d'un geste sec, une fille maquillée jusqu'aux cheveux, un garçon déglingué... Emballage pop-kinky ; j'espère des images qui freineront un peu la vague healthy-looking qui a gagné certains clubs (gays). Martine J. Laurent, la chanteuse (un rien EARTHA KITT), productrice du titre ne s'est pas trompée de label. L'album arrive. (M.J. Laurent avait formé KRAZE/The Party, Let's Play House, et produit aussi MURIEL/In All Dream sur E-Legal)

MASTERS AT WORK Present NU YORICAN SOUL "The Nervous Track" (Nervous/US) :
This record is dedicated to all those people who are tired of the same bullshit. "Morceau le + beau, le + génial, le + prometteur de cette année" (Fanta Magazine). Si vous rêvez de venir à NY, si vous y êtes restés collés, si vous en avez marre des vinyls à moitié vides, des remixes lourdingues, si vous écoutez la même compil depuis 2 ans en soupirant quand vient Closer... Trouvez et achetez ce disque. Dans 50 ans, le UN Mix servira de générique à un documentaire sur le règne de "Little" Louie Vega. Ces quelques minutes de pur bonheur représentent un millième de ce que LLV expérimente pendant des nuits entières au Sound Factory Bar (de 23 h à 5 h non stop), le résultat toujours différent (meilleur). Un souhait ? La suite ! Un 4 vinyls pack, un live de "Little" Louie... La planète dance avait besoin de quelqu'un comme lui, allumons nos wishing candles pour remercier le ciel et lui demander qu'un promoteur (un seul) cesse de dépenser de l'argent sur son groupe de rock pour emmener astro-DJ "Little" Louie Vega tout autour du globe.
JEAN-MARC A.

THE LOVE TRIBE "Together EP" (Mama/UK) :
Après le succès aux États-Unis du 1er Mama Records (Garden Of Delights EP), le 2e accueille la chanteuse brésilienne Nyüsta, aussi charmante que les caresses de sa voix. Le disque est composé de 4 mix qui marient, chacun à des doses différentes, garage à l'américaine, sons tribaux et basse à l'anglaise. Mix principal, le Pleasure Groove offre un enchaînement intelligent de 11 minutes imprégnées d'une culture unique à la maison Mama : la triamit house (traduisez tribal-américain-italien). Le Pleasure Ride est un mix dancefloor efficace par excellence : plus ride que pleasure. Il est suivi par un remède (parmi d'autres) pour les riders : Drowning In A Sea Of Love (traduisez : no beat !). Quant au dernier mix, le Believe In Love, c'est certainement le moins dansant, donc le meilleur ; bref une vraie chanson, avec une intro aussi courte qu'orgasmique et 3'16 de couplets/refrains bercés par la délicieuse voix de Nyüsta. Bref ce disque, tout comme le 1er, est un must pour un mélomane digne de ce nom. A fortiori pour un DJ.

WAVE "Thoughts Of You" (Eight Ball/US) :
Après 10 mois d'absence sur Eight Ball, WAVE fait son retour. Après Enjoy Life (nº 10 dans les charts du Billboard devant MADONNA et autres M. JACKSON), Thoughts Of You, qui offre une face dancefloor (dont le mix principal Tribal Mix de 10'), et une face plus typique du producer Philippe Lussan, moins minimaliste. Le Tribal Mix est d'une efficacité redoutable sur un dancefloor, avec ses sons à l'africaine et un piano hypnotique qui vous fait pivoter dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. Avis aux DJs : ne pas manquer le début qui donne lieu à des montées vertigineuses. L'autre face est plus variée. Le 1er mix commence franchement acid (avis aux amateurs) et évolue subtilement vers un garage triamit (et oui : le même concept que celui de la maison Mama !). Le 2e, le meilleur à mon goût, est beau tout simplement. Watch out for le superbe solo à la fin du morceau et bien sûr pour la voix sensuelle de Evil O (la superbe fille noire aperçue à Paris, en compagnie du Rhythm Dr, à la Yes Party le 2 juillet 93). Le dernier morceau est le mix original, très doux et étudié pour le chill out à la maison. Bref un disque complet, pour tous les goûts (ou presque), à s'approprier impérativement.
PAPO









GENÈSE D'UNE PASSION (inédit)
La house music est en plein essor. Dans le même temps — c'est un paradoxe — les fêtes house, raves, etc. se font rares (la house se retranche dans quelques clubs à Paris). Cette forme musicale constitue a bien des égards une expression symbolique des préoccupations de notre temps. La musique, depuis toujours, a été révélatrice des mœurs, états d'âmes = elle est l'expression d'une époque. La house music "musique de collage" (revue Esprit juillet 93) ne se contente pas d'exprimer l'inconscient collectif, elle montre, révèle, anticipe nos fantasmes = elle constitue une sorte d'exutoire. En revanche, il est permis de penser que le rock ne reflète plus que les sentiments des générations précédentes (d'où un rejet de la house de la part de jeunes qui ne veulent se reconnaître que dans des valeurs sûres, déjà classiques, celles que véhicule la musique de leurs parents). Au 1er abord il apparaît que la house est une musique de l'absurde. Chacun est bien sûr frappé par son apparent non-sens : absence de message explicite, d'idéal, de textes, de contenu politique. La house est déstructurée comme notre époque. Elle exprime aussi le recul des croyances religieuses, en tout cas de la religion au sens traditionnel de ce terme. La techno mêle bidouillage informatique, nightclubbing, et mysticisme. Mais elle est aussi une musique à l'état brut, énergie défoulée, extrême, parfois presque inhumaine. Un sens émerge donc du non-sens, dans la house qui est dans la lignée de celle du début, celle des artistes du cœur que sont Frankie Knuckles, Larry Heard, Kevin Saunderson, etc. — c'est l'amour, poussé jusqu'au paroxysme dans le garage. Amour, qui dans un monde dérisoire reste la seule valeur sûre, à laquelle on s'accroche avec une détermination, et une passion dévorante. Mais il ne s'agit pas de l'amour communautaire (le peace and love des années 70) mais d'un sentiment aux dimensions narcissiques et utopiques. Une passion exclusive, en rupture avec les formes traditionnelles de l'amour. Un amour en dehors des conventions, amour comme fuite hors de soi, amour fantasmatique — comme voie d'accès à un univers insoupçonné, à un "ailleurs". Danser sur la house c'est comme une prière amoureuse, un hymne à l'amour, un rituel païen (adoration de divinités étranges). On peut mettre cela en parallèle avec le retour des valeurs païennes : revalorisation des cultures primitives, dites traditionnelles = la vérité viendrait de la nature, des cultures primitives, des tribus (cf. nouveau parfum). La house est une musique sans sujet apparent, musique de l'inconscient qui donne la parole à nos démons intérieurs.
SVEN HANSEN-LØVE









SABRES OF PARADISE (inédit)
Créé en mai 92 par l'inénarrable DJ/remixeur Andrew Weatherall après son départ de Boys Own, ce label londonien est rapidement devenu culte en Angleterre pour un nombre croissant de fans et de connaisseurs. L'image développée (mélange de connotations punkoïdes, de sadomasochisme bon enfant et de références historiques à l'Angleterre du XVIIe siècle), était en décalage complet avec le reste de la production techno de l'époque. Depuis le premier maxi sorti, un remix de United de THROBBING GRISTLE (à présent collector), le label n'a fait qu'asseoir sa réputation dans un registre mélangeant techno expérimentale, dub, acid et bruitismes en tous genres, toujours marqué du sceau de la plus grande classe. Pour preuve, l'inoubliable Pleasure de SAVE YOUR TONGUE, les excellents Ooh Baby et Sugar Daddy de SECRET KNOWLEDGE ou encore le redoutable Musical Science de MUSICAL SCIENCE. Le reste de la production, pas toujours du niveau des chefs-d'œuvre suscités n'en reste pas moins d'une originalité certaine. Citons également le sous-label Sabrette (créé en 93) aux exquises pochettes rose bonbon, orienté plus euro-techno avec 2 maxis plutôt intéressants : VOODOO PEOPLE/Altitude, et surtout THE CAUSE/Through the floor petite perle acid transe comme on aimerait en entendre plus souvent.
Mais Lord Sabre ne s'arrête pas là, puisqu'il a récemment créé son club Sabresonic à Londres, tous les vendredis soir au Happy Jax, dans une vieille cave médiévale humide et sentant la moisissure, toute à l'image de son label. Weatherall himself y sévit régulièrement et vous pourrez y entendre la crème des DJs techno anglais dans une ambiance gloomy à souhait... Pour les fans, tâchez de vous procurer Bastard Bunny, le fanzine du label, rempli de BD aussi drôles que bêtes. Sinon, pour ceux qui ont loupé les maxis, la compilation Deep Cuts vient de sortir et vous donnera un bon aperçu de l'esprit musical du label anglais le plus original du moment.
SERGE NICOLAS









COURRIER (inédit)

UNDERGROUND NETWORK
"UN has been in existence since oct. 1992 with the help of "Little" Louie turning it out on the wheels of steel, and the dance industry and friends, plus our following. The Underground Network is on it's way to bigger and better things" Barbara Tucker.
Underground Network au Sound Factory Bar (mercredi soir). Le top du top dirait votre cousine qui revient de New York avec le Village Voice sous le bras. Elle n'a pas tort. La 1re fois, on ne peut pas vraiment imaginer ce qui va se passer surtout si le vendredi d'avant, au même endroit on pensait la perfection atteinte, le concept abouti, les fantasmes éDÉNiques concrétisés. Merci Frankie (de cette nuit, une seule image, celle du gigantesque bouquet de glaïeuls, aucun autre commentaire possible). Ma 1re fois donc, Chicago est dans la baraque. Vous venez d'acheter un paquet de Bonux ; pas de lessive, ils n'ont mis que des cadeaux. J'arrive, ça chante déjà. "Alriiii... igt" dit la maîtresse de cérémonie. "Please put your hands together for Mr. E. Smoove, Mr. "Silk" Hurley, Mr. Joshua... Actually spinning Mr. Camacho..." Speakerine funky, elle finit par lâcher la cerise sur le gâteau. Aïe, aïe, aïe ! Hasard heureux, cassette en panne (l'épreuve de la PA, de fait, passe par l'a cappella d'avant et d'après ; cf. CECE PENISTON, JULIET ROBERTS... On parle aussi de MARTHA WASH). La poupée planquait un briquet dans sa poche, feu aux cheveux ; la radio branchée sous le volcan, "Little" Louie Vega a gardé les braises dans ses mains toute la nuit. Les diablesses (vogueuses) répandaient du talc sur le parquet. J'ai dansé jusqu'à 5 h. Dernier disque : "if you only knew, how I'm watching you." Je l'ai embrassé et je suis rentré me coucher. Non vraiment, pas d'après.
La 2e fois (il était reparti pour Chicago), déjà nostalgique, je m'alanguis au sous-sol ; Hippie Torales joue du Vincent Montana Jr. tardif (cover Salsoul orchestrale de Rencontre du 3e type), du DJ Booth au bar on glousse, sur la piste on se prépare. Filles et garçons, une surprise vous attend là-haut. Soirée disco. Non ! Si ! Essayez de le croire, "Little" Louie Vega a amené ses vieux disques. Devinez qui vient chanter ce soir. Jocelyn Brown et, comme s'il n'y avait pas assez de noisettes dans Nuts, INDIA se manifestera pour un duo avec la diva. Disco dévastation.
C'est la 3e fois que je me demandais pourquoi je n'arrivais pas à danser sur la tête. C'est tout simple Madeleine : quand LLV, le seul qui semble s'y connaître, joue Give It Up (même pas un disque, une tarte à la crème), autant descendre le Congo dans un sachet de Space Dust. Very very.
J'ai sauté la 4 ; la 5 on fêtait le retour de Tony Humphries dans les murs...
Événements à venir (octobre, novembre) : party pour la sortie de l'album de MICHAEL WATFORD, Hitmakers Party avec George Hess, 70's Party avec D-TRAIN, GQ, COLONEL ABRAMS, Rochelle Flemming... Party pour la sortie du nouveau simple de Barbara Tucker avec MASTERS AT WORK : Beautiful People (Strictly Rhythm), tournée au Canada (with the help of Désirée Toussaint).
Concrètement, Underground Network est une agence de production, management, modèles, danseurs, chanteurs... (aussi un label) ; fondée par Don Welch (producteurs, DJ, journaliste au Billboard) et Barbara Tucker (chanteuse, Deep Down Inside sur Strictly Rhythm, danseuse, chorégraphe...), tous 2 particulièrement beaux et charmants ; parrainée par "Little" Louie Vega. C'est le RV de toute la dance music industry (raw house, garage, disco...) et le passage obligé des nouveaux artistes comme des légendes.
UN, 250 W. 57th St., suite 1527-43, New York NY 10107, tél. : (212) 642 8466 ; et tous les mercredis soirs au Sound Factory Bar.
JEAN-MARC A. New York 9/93

À TOUTE L'ÉQUIPE D'eDEN,
Par l'intermédiaire de cette missive, je désire simplement vous féliciter, avec un peu de retard, pour votre formidable, subjuguante, exceptionnelle YES PARTY.
Je n'avais plus ressenti cette alchimie de la fête depuis bien longtemps et nombreux sont ceux qui, dans mon entourage, partagent cet avis !!!
En bref, bravo pour avoir fait venir d'outre atlantique un si prestigieux plateau de spécialistes du garage (David Morales, notamment). Mais le talent de ces DJs ne peut expliquer à lui seul une telle réussite. En effet, la soirée organisée le lendemain par les Anglais de Soma, à la porte de Versailles, bénéficiait également de grandes pointures — Sasha entre autres — mais elle ne put recréer l'osmose festive de leurs 1res soirées Arena à l'Élysée Marbeuf ou de celles du centre Pompidou.
Bravo pour le soin apporté à la qualité sonore (ce qui pêchait, effectivement, lors de votre précédente soirée à la Danceteria de M. Krueger où vous aviez déjà eu la bonne idée d'inviter l'excellent Rug ainsi que le sous-exploité DJ Tom).
Bravo pour l'organisation générale avec, notamment, un service d'ordre très professionnel, même si votre public n'en a pas trop besoin : une savante cohabitation entre gays et hétéros, entre Grands-Bretons et mangeurs de grenouilles, entre adeptes de la radio des scotchés et ceux des bons plans de Nova.
Bravo pour votre bon esprit qui ne me paraît pas être mercantile (en effet, étant occasionnellement organisateur de soirées étudiantes, je connais les tarifs de location de l'Espace Reuilly et d'une telle sonorisation et éclairages...).
Enfin bravo pour votre fanzine tant pour ses articles que pour sa mise en page.
Après tous ces éloges (à la limite, d'ailleurs, du cirage de pompes !) sachez donc que je serai ravi, à l'avenir, de vous aider pour la promotion de votre fanzine ou de vos prochaines soirées, par l'intermédiaire de mon association et ainsi contribuer à la propagation de la house dans le milieu estudiantin.
PASCAL BRODIER - ASSOCIATION DU DÉJÀ Nanterre 23/7/93

Ô eDEN,
fanzine de la planète tekknoïde,
J'habite une galaxie périphérique où les petits droïdes ont été intoxiqués de ziques traditionnelles (comprenez : funk, rap, rock... trash...). Moi-même, victime des agressions FMiques, je fus prise d'une envie de leur résister et ai contracté le virus. Je trouvai enfin une unité convenable dans tout ce mix de gerbik, après être partie à la recherche du vrai funk, vrai rap, vrai rock.
Puis un jour, qui en apparence n'avais rien de virtuel (je veux dire que le soleil brillait haut dans le ciel, que les gens marchaient sur leurs 2 jambes...), mais qui était en réalité béni du dieu tekknocrate (je ne vois que cette explication), je rentrais dans le blitz et tutaku, une rafale technologique m'a "troncée", et qu'après m'être rassasiée de cette extase, je ne pus quitter cette station orbitale : j'avais enfin capté ma longueur d'onde (je me rappelai alors que je vivais à l'aube du XXI siècle !!!). Depuis, je gravite toujours autour et malgré les météorites critiques des droïdes rockers de ma déconnectée galaxie, je m'alimente de langage binaire. Mais loin de me décourager, j'essaie de rentrer en connexion avec des petits marseillons tekno logiques. Bon kurage... Merci !
Toutefois cher eDEN, des richesses de ton jardin je voudrais m'enquérir et pour ce faire ton fanzine acquérir. Merci de m'indiquer le circuit à suivre et de m'envoyer une puce-réponse.
Mes constellations distinguées.
Électriquement,
RAUKA Marseille 1/6/93

CHER eDEN,
LE RÊVE ?? Ce pourrait être :
Un jour — le vendredi de préférence pour bien commencer le week-end ; un lieu — investir une grande boîte isolée en moyenne ou grande banlieue, spacieuse, avec recoins et mezzanine, accessible uniquement en voiture ; des gens — prêts à faire le déplacement et souhaitant uniquement s'amuser ; des DJs parisiens — DJ Pascal R, l'Exorcist, Didier Sinclair, Laurent Garnier, l'Aquarium, ... Liste non exhaustive — et de province — Tony C de Dijon, Adolphe de Lille, Luigi, Olive et Jack de Marseille, ... Liste non exhaustive ; une musique — résolument TEKKNO avec des passages house, garage, transe, acid, space, hardcore ; une déco, un accueil, des prix sympa ; du son, des lumières, des strobos, de la fumée (beaucoup de fumée). Bref, développer un esprit club avec une ambiance rave loin des endroits fumés de la capitale !
Cette solution a déjà été envisagée l'an dernier à Grisy-les-Plâtres (95) et connut un échec cuisant. Cela a eu au moins le mérite de prouver que c'était réalisable, à condition bien sûr que les gens se mobilisent. Retentons l'expérience à nouveau ! Je soumets l'idée aux organisateurs de rave. Étonnez-nous !! De bonnes boîtes existent en province : l'Elektron à Beaugency (Blois), l'Anfer à Dijon, le Chat bleu à Bordeaux, etc. Pourquoi pas à Paris extra-muros ? Faire mieux que le Boccacio de la Défense, c'est possible, non ?!
Je reviens de Valencia : c'est le délire ! Chaque week-end, des milliers de joyeux drilles (20 000 ? 50 000 ?) convergent vers des dizaines de boîtes et de bars techno situés pour la plupart dans la périphérie de la ville. Des embouteillages se forment à 5 h du matin. L'ambiance est partout : presque + sur les parkings que dans les boîtes. Tout est bien rodé, mais on peut toujours programmer sa soirée à la carte, laissant une bonne part à l'improvisation. Bref, il faut aller à Valence !
Quand on voit ce qui se passe à nos portes, on réalise le potentiel non encore exploité en France. On réalise également à quel point ce mouvement est populaire à l'étranger avant même d'être commercial.
Je ne peux pas croire que cette musique est réservée à une élite jeune et branchée. Elle est accessible au commun des mortels. Faisons-nous en l'écho, faisons en sorte que sa diffusion soit la + large possible. Des initiatives de toutes sortes doivent voir le jour (création de radios, de labels indépendants, ouverture de nouveaux lieux, diversifications des soirées, développement de la province), sans quoi l'explosion prévue et prévisible il y a 2-3 ans ne se produira pas. Non, la techno n'est pas qu'une musique de dingues ou de drogués ! Mais malheureusement, c'est souvent l'image qu'elle donne à un public non averti, qui échoue par hasard à une rave. De là découle l'amalgame facile énergie/violence ou musique/bruit. Et que penser de 2 UNLIMITED ou U96 au Top 50 ? Est-ce une bonne chose ? N'est-ce pas là le signe d'une ouverture ? Il est vrai que d'année en année la France découvre la dance music dans sa globalité. Va-t-elle prendre le pas sur le rock ou la variété ? On en est encore loin, mais qui sait.
Enfin, et ce sera mon coup de gueule : je trouve regrettable qu'une poignée de DJs parisiens, pourtant talentueux par ailleurs, façonnent à ce point le sound of Paris de nos raves en imposant la happy progressive house (pas si happy que ça !) et la transe allemande. Je veux parler de Pacman, Sonic, Armand, et autre Stepanovitch. En développant un style personnel (ce qui est plutôt bien), certains DJs poussent le bouchon trop loin, s'enferment dans un style et deviennent presque CHIANTS (je l'ai dit !). Où est la diversité, la polyvalence d'antan ? Pourquoi des soirées exclusivement garage, ou transe, ou hardcore ? Où est passée la vraie techno ? Qu'il s'agisse de power techno, de pure techno ou de techno mélodique. Pour l'heure, je trouve que la musique que l'on entend dans les soirées manque de fraîcheur et de variété. Le son est moins happy, speed et délire qu'aux débuts, et forcément l'ambiance s'en ressent. Pourquoi ne pas faire des soirées deep-space-garage-techno-transe-hardcore ? Pourquoi ne pas passer une musique un brin + commerciale ou + énergique ? Pourquoi ne pas remettre au goût du jour des titres excellents, voire indispensables, vieux seulement de 6 ou 12 mois ? Pour bien faire, il faudrait que certains DJs puisent leurs influences du côté de l'Angleterre, de l'Italie ou de l'Espagne. Il serait intéressant également de faire jouer de nouveaux DJs parisiens (sur FG et dans des soirées) et puis également, de faire venir jouer des DJs de province ; ceci afin de renouveler le son environnant.
En résumé, un son neuf, une musique vraiment happy et énergique amèneraient un vent de fraîcheur et de la spontanéité à une scène parisienne qui en manque pas mal. Redonnons aux gens l'envie de sortir ! Redonnons à la musique la place qu'elle n'aurait jamais dû quitter !
Amicalement,
P.-S. et bien sûr, bravo pour votre enthousiasme et la justesse de vos propos !
FRED SONINA Paris 28/8/93

RÊVES : NUANCES
LISEZ JUGEZ ET FAITES PASSER
14 juin, loin de chercher dans ses propres rangs les convergences rouges/bruns, l'Humanité préfère enquêter sur le phénomène rêve alias rave pour les anglos. J'épelle pour les adultes : R.Ê.V.E. Un constat, ce dossier reproduit les clichés souvent répétés et son équation, rêve=techno+facho+zombie+drogue, n'a rien à envier aux tabloïds anglais. Mise au point avec points de repère.
"The trip is tekno" (le délire est tekno), des paroles parmi d'autres ou leitmotiv de la mouvance tekno. Tekno, tekno ? Ne cherchez pas dans un dictionnaire, ce mot n'y sera pas, surtout avec cette orthographe. Définition : n. f. se dit d'une musique entièrement composée par ordinateur ou musique numérique. La rêve puise ses racines sonores dans la tekno. Cette ultime interface musicien/instrument produit ce son généré par la machine. (...) Aussi l'arbre tekno cache une myriade de tendances qui ne répondent guère à une image figée. En voici plusieurs parmi tant d'autres : entre PCP, apôtre de la tekno hardcore, l'acid jazz débité sur Nova, le bacalao de Valencia ou le garage de New York, sans oublier la tekno allemande, quoi de commun sinon l'emploi de l'ordinateur. Ce serait comme si l'on cherchait à rassembler sous la même étiquette tous les musiciens jouant de la guitare : peine perdue ! (...) Trop radicale, la tekno est une rupture qui ne laisse personne indifférent ; les 1res expérimentations de house musique peuvent s'apparenter à l'album des BEATLES/Sgt. Peppers Lonely Hearts Club Band, une révolution commentent les historiens du rock. Mais la rupture avec le rock est trop flagrante pour convaincre les amateurs de guitare électrique. La rêve s'oppose au concert ; les lives n'occupent qu'une partie de la programmation et surtout, c'est le DJ la star. Le public se disperse dans tous les sens. Bien sûr, quelques groupies s'agglutinent devant les platines du maître de céans, mais l'essentiel est ailleurs. Aussi la tekno n'offre pas d'image réduite qu'on pouvait avoir avec le chanteur/leader du groupe, et pas de carrière solo pour adoucir les retraites. Les DJs se relaient aux commandes du vaisseau rêve. D'Allemagne ou d'Espagne, ces apprentis sorciers jonglent sur les BPM pour la communion finale et gèrent dans un mouvement chaotique les montées et les descentes des adeptes. Plus tard, l'after prend le relais sur des tempos plus fluides, histoire d'adoucir la descente. Les insatiables rêveurs poursuivront leurs mouvements robotiques à la péniche Rubis le dimanche après-midi. Les derniers dépensent leurs ultimes énergies avant de tomber, crouler et s'affaler sur un matelas flottant 12 h, 16 voire même 24 h pour les + lessivés. Le corps lassé d'être oublié multiplie les mouvements douloureux : crampes, courbatures, c'est le prix. Avant ça il faut tenir, tout est bon et le plateau de fromages ne manque pas de choix malgré les barrières uniformes. Amateurs d'alcool s'abstenir, fatigués du cœur à prendre en douceur.
Lundi, après le travail, les flyers ramassés pendant les soirées annoncent un prochain week-end chargé. D'ici là, une morne routine à assurer. Mais heureusement la tribu passe le soir entre l'apéro (qu'on ne boit pas) et le coucher du soleil (qu'on ne voit pas). Au programme ce soir, lecture d'une brochure "Le Prisonnier dans le monde" qui reproduit in extenso et sans commentaire le dossier de l'Huma sur les rêves. La brochure plastifiée passe de mains en mains et capte les esprits déconfits. Certains restent dubitatifs, d'autres crient à la désinformation. Enfin une petite minorité préfère ajourner, les fumées stupéfiées alourdissent leurs pensées. Toutefois d'un commun accord un porte-plume fournira un droit de réponse. Puis la discussion s'envole vers les commentaires (classiques) du dernier voyage, et maudit les lundis. Coup d'œil au prochain menu : au choix Goa, SPIRAL TRIBE ou Cosmos Fact, les profiteurs d'après l'Huma. Toutes rêvent mais il faut un œil aiguisé pour en distinguer les nuances. Goa en Inde, ancienne colonie portugaise, cette région attire les rêveurs occidentaux et chaque soir offre l'occasion d'une nouvelle fête. Mais à Paris les organisateurs/voyageurs perdent leur humilité et préfèrent jouer les V.I.P. dans une arrière salle gardée, seulement pour l'élite teknocrate. À l'inverse SPIRAL TRIBE puise ses racines dans le psychédélisme communautaire. Comme dans Acid Test (de Tom Wolfe, éd. Point poche), la tribu se déplace en bus et diffuse sa tekno tribale. Aussi leur discour révolutionnaire Forward The Revolution (vers la révolution) met un bémol à la tendance facho mise en exergue par l'Huma. À chaque arrêt, ces nomades numériques organisent une soirée gratuite. La vente de K7 leur permet de poursuivre la route dans un mouvement spiral ; plusieurs bus sillonnent l'Europe sans but ni passé. Cosmos Fact ressemble à une véritable usine, méga organisation, structure permanente, machine à rêve, ils jonglent sur des gros budgets et visent avant tout à faire raquer. Un photographe espagnol s'est vu confisquer son appareil par une brunasse hargneuse qu'il surprit une demi-heure + tard à tourner une vidéo. Entre ces 2 extrêmes, les soirées Fantom sont + rares mais jouent autant sur les gros budgets que sur la qualité des sons, un RV à ne pas manquer. Toutefois aucune trace d'une "organisation tentaculaire qui décide de planifier l'état mental" dixit l'Huma, pas de pieuvre à l'horizon. Ils imaginent sans doute un complot tekno-nippon financé par les trusts numériques et destiné à asseoir l'emprise du ¥ sur le monde. Si la langue de bois nécessite des ennemis, les gueules de bois s'éternisent dans les lendemains qui déchantent. À défaut de-chanter, mieux vaut encore danser.
Solitude, pathétique solitude, les rêveurs sont seuls, enfin l'Huma l'affirme. Solitude individuelle ou cosmique peu importe personne ne communique d'après la critique. Voyage dans les liaisons, loin de se limiter à la simple communication orale, dans une rêve ça prend d'autres formes moins conventionnelles. Et qui rencontre-t-on dans les rêves nocturnes ? Comme pour la messe la communion est individuelle. Mais qui passe toute la semaine à l'église ? Sortis des rêves, les adeptes se rencontrent et enregistrent des K7 sur FG, un clan. Le hasard a permis de rencontrer l'un des témoins cités par l'Huma. Laurent, rêveur depuis plusieurs années, se souvient d'avoir tenu de tel propos (voir p. 15), mais il se rappelle aussi du contexte : parti en plein délire il ignorait la profession de la belle interlocutrice (halu ?). Et tout le charabia qu'il débita n'avait d'autre objectif que de la brancher. Laurent l'a bien fait marcher, comme quoi les pseudo-victimes peuvent aussi manipuler. Quant à la sexualité, là où un discours était de mise — nom, prénom, date de naissance — aujourd'hui un simple regard suffit, question de sensation. Les pillules de l'amour rendent l'acte si passionnant que certains couples rêveurs ne peuvent s'en passer pour fusionner — attention à l'amour chimique.
L'usage de psychotropes, X et compagnie, catalyse les critiques. Dénonciation du laxisme policier : "la police ne laisserait pas faire... Que fait la police ?" Son intervention brutale s'apparenterait à un éléphant dans un magasin de porcelaine. Outre les risques de blocage, les uniformes peuvent aussi éclater la soupape de sécurité. Les perspectives qu'offre aujourd'hui la société pourraient se résumer en 2 mots : Sida et chômage. Futur ? L'éventuelle dépénalisation de la consommation de drogue douce n'aura que peu d'effet sur les rêveurs de tous bords, car tout est bon pour quitter la funeste normalité. Si la comparaison avec les années 70 revient souvent dans les discours, il convient d'apporter quelques précisions. Les psychotropes alors en vogue (LSD) contenaient jusqu'à 500 mg d'acide lysergique monhydrate, alors qu'aujourd'hui ils atteignent 200 mg (...). L'amalgame entre X et acide chatouille le très zen Dr AMCM : "On ne mélange pas les torchons et les serviettes, et dans la seule catégorie des acides, ma favorite, la palette se révèle des + vastes." Dr AMCM distingue les robots des bouddhas, aime les pyramides rouges mais préfère les dragons verts. Sa fournisseuse est une inconditionnelle du cocktail exta & mescaline. Toutefois à sa droite, la présence d'un herbivore, d'essence non-violente, a vu son esprit quitter le corps à force de gober des décalcomanies qu'il prenait comme des bonbons. Son destin n'a rien à envier à SYD BARRETT, ex-PINK FLOYD, cloîtré depuis nombre d'années chez sa mère. Tous 2 auraient dû écouter Ken Kesey et décrocher. Ainsi ils n'auraient pas rejoint le monde des légumes vivants. Esprit phobique s'abstenir (voir Mémoires Acides de Timothy Leary, éd. Robert Laffont).
Mais les stupéfiants ne sont pas les seuls ingrédients et n'expliquent que partiellement la mayonnaise rêve. D'autres aspects importants sont passés sous silence. L'imagerie de la tekno, d'abord visible sur les flyers, pochettes d'album, fanzines, emprunte des influences à une multitude de courants : le psychédélisme, le constructivisme russe, exhibe la jeune infographie et se nourrit de mythologie orientale. Lors des rêves, le visuel joue un rôle important par les jeux de lumières agrémentés de fumées parfumées. Strobo, spots aux couleurs saturées, les multiples écrans débitent des images fractales, quand ce ne sont pas des documentaires scientifiques où les cellules se déplacent dans un mouvement lancinant. Ces visuels amènent le rêveur vers une sorte de transe numérique. Les illustrations qui agrémentent les papiers sur la tekno ne donnent qu'un aperçu de l'ambiance d'une rave et les légendes se passent de commentaires.
Jeudi soir tous se préparent, la semaine est finie et les esprits s'échauffent à la perspective d'une nouvelle rêve. Le dossier de l'Huma alimente encore les discussions. Sur une télévision oubliée, des uniformes kakis paradent dans un mouvement robotique. Zombies, mais qui sont les zombies ?
Pour tout contact : 3614 CHEZ*OTROS et 3614 CHEZ*AMCM
(c) LES HUNS & OTROS été 93